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The Root Book est un site d'écriture collaborative unique, où n'importe qui peut participer à n'importe quelle histoire et à n'importe quel moment de l'histoire.

Quel que soit ton genre préféré - fantastique, romance, science-fiction - ta voix a sa place ici. Seule l'imagination est la limite !

La ramification des histoires

The Root Book fonctionne sur le principe d'une arborescence des chapitres : un seul prologue donne naissance à de nombreux chapitres 1, qui sont les débuts d'histoires Chaque chapitre peut avoir autant de suites que possible, et chacune de ces suites peut à son tour se diviser en de nombreuses histoires.


Image illustrant la ramification des chapitres
Image illustrant la ramification des chapitres

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Si tu as besoin d'améliorer ton écriture, tu peux relever les défis d'écriture et ainsi travailler, tout en voyant ce que les autres écrivains proposent.
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Beaucoup d'histoires par de nombreux auteurs

The Root Book est un site très dense, avec sa multitude d'histoires qui possèdent tous leur propre multivers. Pour t'aider à naviguer dans cet arbre géant, plusieurs outils sont à ta disposition.

L'arbre des histoires te permet de visualiser la structure de chaque histoire et de comprendre comment les différents chapitres s'articulent entre eux. C'est un excellent moyen de voir l'ensemble de l'histoire et de choisir où tu souhaites contribuer.

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Le Concept Unique de The Root Book

The Root Book, c'est une expérience littéraire unique que je t'invite à découvrir. Ici, la magie de l'écriture collaborative prend vie. Chaque histoire se transforme en un véritable cadavre exquis où chaque auteur apporte sa touche personnelle, pour une aventure littéraire sans pareil.

Chaque histoire possède son propre multivers !

The Root Book est porté par une association à but non lucratif, qui a pour mission de fournir un outil 100% gratuit et en ligne pour tous, afin que chacun puisse exprimer sa créativité.

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Quelques Chapitres à ne pas oublier

Une fois les ordres donnés à chaque représentant des divers corps armés, chacun s'en alla prendre son poste de commandement et donner les consignes aux radios, qui transmirent les messages sur ondes courtes à chaque chef de régiment. Cette invention du Grand Spécialiste, comme tant d'autres, avait permis un gain en temps et en précision dans la transmission des ordres et messages, ce qui s'avérait indiscutablement bénéfique dans la bonne gestion d'une bataille. Il semblait maintenant loin, le rudimentaire dispositif de drapeaux de différentes couleurs préalablement utilisé. La quantité de matière et d'énergie qu'avait demandé la mise en place et demandait le fonctionnement de ce dispositif était bien entendu considérable. Mais le Guide Suprême, pourtant avare dans l'utilisation de ces dernières, avait perçu dès le début l'avantage indéniable que cette technologie apporterait du point de vue militaire.   Globalement, la plupart des inventions du Grand Spécialiste et de ses techniciens avait apportée des avancées considérables pour le génie militaire. Mais cela allait bien plus loin, puisque certaines technologies pouvaient être utilisées à des fins civiles, pour assurer le bon fonctionnement et l'amélioration de la collecte de matière et d'énergie des cités et entités de la coalition.   La découverte du vaisseau du Grand Spécialiste, qu'il faisait appeler le « Laboratoire », avait été le fruit du hasard. Ce « laboratoire » était en effet bien caché : il était bien plus petit qu'un simple village flottant puisqu'il n’accueillait qu'un faible nombre de techniciens, malgré les grands hangars servant à la conception des inventions ; et il évoluait dans une zone considérée comme extrêmement dangereuse, avec sa forte densité de nuages sombres chargés d'électricité. Ses flux d'air turbulents constants et violents, tantôt horizontaux, tantôt verticaux. Et ses colonnes de matières et de gaz venant des Profondeurs insondables aux débits et positions imprévisibles et anarchiques.   A son retour dans la cité flottante azélanne, personne ne crut le marchand azélan qui avait réussi à apercevoir cette étrange tâche sombre dans cette zone connue comme impraticable. Heureusement cependant, le bouche-à-oreille et la rumeur coururent dans toute la coalition, et furent captés par un des agents des Oreilles qui s'empressa de faire remonter cette information à son patron. Lequel eut la bonne idée de la considérer comme intéressante et d'en faire part, dans un rapport, au Guide Suprême.   Celui-ci comprit qu'un objet, quel qu’il fut, évoluant dans une pareille zone, ne pouvait être ordinaire, et que sa capture devait être un objectif prioritaire. Il considéra que cette opération ne nécessitait pas de faire appel à d'autres membres de la coalition, et se contenta de monter une petite armada issue de sa cité flottante de Würm, centre névralgique de la coalition. La recherche de l'objet se révéla néanmoins plus ardue qu'escomptée : la durée qui s'écoula entre sa découverte par le marchand azélan et le lancement de l'expédition würmienne s'éleva à dix-sept longs cycles solaires, et le « Laboratoire » du Grand Spécialiste, du fait de sa propulsion entièrement mécanisée, s'avérait bien plus mobile et rapide que les classiques villages, villes, cités ou autre entités flottantes. Trois nouveaux longs cycles solaires furent nécessaires pour quadriller la zone de recherche, et enfin apercevoir l'objet tant convoité.   Du fait de sa position dans une zone dangereuse et de ses technologies militaires alors inconnues des Würmiens, la prise du « Laboratoire » provoqua la mort des trois-quarts de l'expédition assaillante, contre seulement un des techniciens du Grand Spécialiste. Le bonheur de l'assaillant fut que, le Grand Spécialiste et ses techniciens n'étant pas des soldats, ils se rendirent dès leur quartier général investit par les forces würmiennes. De plus, le Grand Spécialiste accepta sans hésitation la proposition de rejoindre la coalition, lui permettant de pouvoir bénéficier de sa protection et de son commerce interne florissant. Même la demande insistante du Guide Suprême de mettre à disposition de la coalition ses technologies, son savoir et ses futures recherches, qui devaient alors être principalement orientées dans le cadre du domaine militaire, ne souleva pas d'objection.   Dès lors, l'arsenal miliaire des forces de la coalition s'en trouva fortement amélioré. Et, point positif aux yeux du Guide Suprême, le Grand Spécialiste s'avérait être un membre fidèle, honnête et volontaire malgré son inclusion quelque peu forcée.     Le Guide Suprême rentra dans la salle d'observation de son dirigeable rigide de commandement, auquel il avait donné le nom de « Zeppelin », suivis par le chef spirituel. La salle circulaire, de grand diamètre, était entièrement entourée de vitres en biais vers l'extérieur. Elles pouvaient résister à des vents très turbulents et puissants, et à des geysers de matières et de gaz peu concentrés, et n'étaient pas conductrices d'électricité. L'ensemble des matériaux de l'appareil possédait les mêmes caractéristiques, ce qui lui permettait d'évoluer, pendant une courte période, dans des zones dangereuses telle que celle où le « Laboratoire » avait été aperçu initialement.   Le sacrifice en matière et énergie que sa conception avait nécessité avait été immense, et malgré le système autocratique éclairé de la coalition, le Guide Suprême avait dû faire jouer tout son pouvoir et sa vision pour l'imposer à une population hostile au coût pharaonique du projet. Mais son utilisation bienvenue dans des campagnes victorieuses de sécurisation de routes commerciales contre des pillages incessants de pirates de l'air fit basculer petit à petit l'opinion de la population. Et les prises de puissantes cité flottantes ennemies, ou même de capture du « Laboratoire », permit de finalement rentabiliser sa construction.   La salle d'observation était munie d'un rail circulaire situé un mètre en retrait des vitres, sur lequel glissait un chariot portant un système de longues-vues pivotantes et avec divers lentilles de grossissement. Tandis que le chef spirituel allait ouvrir une petite fenêtre et se plaçait en tailleur devant, pour sentir sur son visage le souffle du vent et son évolution, le Guide Suprême fit rouler le chariot de longues-vues pour le ramener dans la direction de la proue du dirigeable, et du front. De cette position, seul le nez beige du dirigeable cachait la partie supérieure de l'horizon. L'immensité insondable d'un néanmoins ridicule petit volume de Sterna, la planète géante gazeuse, s'offrait à la vue du Guide Suprême. De sombres nuages zébrés et épais délimitaient les Profondeurs insondables, de rapides nuages violacés et translucides courraient dans la zone vivable, et la couche aujourd'hui épaisse de nuages beiges et ocres cachaient le ciel et la double étoile.   Le Guide Suprême plongea son regard dans le système optique, et le régla de manière à apercevoir de manière nette les troupes ennemies. Une rangée de ballons individuels s’étendait sur une grande largeur, bien plus grande que ne l'était le front des forces de la coalition. Le Guide Suprême ne sut dire, même à peu près, combien de soldat cela représentait, mais le nombre de dix mille annoncé par le patron des Oreilles pouvait correspondre.   Au contraire du Grand Spécialiste dont il ne doutait aucunement, le Guide Suprême était moins enclin à accorder sa pleine et entière confiance au patron des Oreilles. Même si celui-ci et la plus grande part des membres de son service étaient d'origine würmienne et que, officiellement, il répondait entièrement aux ordres du Guide Suprême, le service des Oreilles s’enorgueillissait en cachette, ce qui n'avait cependant pas manqué d'arriver aux oreilles du Guide Suprême, de posséder une autonomie dans son mode fonctionnement et une opacité vis-à-vis du pouvoir dirigeant. De plus, des rumeurs de collusions avec certaines cités neutres, sûrement propagées par le service lui-même dans le but d'entretenir le doute et le flou quant à son dévouement entier à la cause du Guide Suprême, courraient abondamment dans toutes les villes, cités et entités de la coalition. Même si le patron des Oreilles jurait, à chaque fois que le Guide Suprême le questionnait à ce sujet, de sa fidélité pleine et entière à celui-ci et à la cause qu'il défendait. Néanmoins, sur le plan militaire, les éléments fournis par le service s'étaient généralement avérés fiables, et le Guide Suprême doutait plus du patron des Oreilles sur le plan intérieur, avec une volonté de le court-circuiter voire de vouloir prendre sa place, que sur le plan des opération militaires extérieures lorsqu'il s'agissait d'étendre la puissance et le pouvoir de la coalition.     Au centre de la ligne ennemie, légèrement en retrait des ballons individuels, le Guide Suprême remarqua la présence de trois vaisseaux de combats classiques, de formes profilées et finissant avec un éperon à l'avant, supportés chacun par un ballon non rigide, et ayant hissés les voiles avant pour compenser le vent qui leur était défavorable. Chacun devait accueillir un équipage d'environ cinq cent têtes, s’affairant à maintenir et commander le système de portance et de déplacement, à préparer les armes de jets et les grappins d'abordage, ou à simplement affûter ses armes de combat. Le Guide Suprême, qui était totalement confiant dans la supériorité de ses soldats au combat au corps à corps en cas d'abordage, espéra juste que les vaisseaux ennemis n'étaient pas muni d'un système d'autodestruction comme ceux de la coalition.   En balayant le système d'optique de droite à gauche, le Guide Suprême nota la présence de deux nouveaux vaisseaux de combat sur chaque flanc, ce qui portait le total de bâtiments ennemis à sept, contre seulement quatre du côté de la coalition. En revenant vers le centre des lignes ennemies, un mouvement en hauteur attira son attention. Patientant quelques secondes, il vit sortir d'un nuage beige, d'un lent mouvement, un grand dirigeable, qu'il estima être le bâtiment de commandement ennemi. Après une inspection minutieuse, il estima que ce dirigeable devait être légèrement plus petit que le « Zepellin », que la structure de son ballon était, comme le « Zeppelin », rigide, mais qu'il ne semblait pas être conçu pour manœuvrer dans des zones dangereuses.   Cela devait s'expliquer du fait de la zone atmosphérique plutôt tranquille de Sterna dans laquelle évoluait la grande cité flottante d'Italaxla, dont le haut sommet se découvrait maintenant lentement derrière le dirigeable de commandement ennemi alors que le gros nuage beige d'où ce dernier s'était extrait continuait paresseusement son chemin. Italaxla, la grande cité des oiseliers, prochaine cible de l'appétit insatiable du Guide Suprême et de sa coalition. Italaxla, dont la seule partie visible, ce petit sommet, était totalement verte, laissant présager une la présence d'une quantité incommensurable de matière, dont des végétaux, comparée aux villages, villes, cités et entités de la coalition. Mais Italaxla se retrouvait dans l'obligation de mener bataille. En effet, sa principale source de matière et d'énergie, une de ces étranges colonnes ascendantes de matières et de gaz venants des Profondeurs insondables de Sterna et remontant jusqu'aux couches supérieures de l'atmosphère, avant de retomber de manière éparse pour la matière solide, venait d'être annexée par les forces de la coalition. Cela coupait la cité de ressources indispensables à son bon fonctionnement, et menaçait grandement sa pérennité à court terme en cas de siège. De plus, la source étant largeur et continue, le Guide Suprême s'était empressé de la faire exploiter, à l'aide de filets et de ballons de captures et stockages créés il y a peu par le Grand Spécialiste, pour les besoins de son armée, ôtant par la une source de revenus futurs pour la cité.   Italaxla était en effet une grande cité marchande, prospère et pacifique, que la plus grande part des cités indépendantes, états, empires ou autres structures sociétales de cette partie-ci de Sterna, respectait. Et craignait malgré tout. En effet, en dépit d'une politique pacifique, la cité s'était taillée une réputation de citadelle imprenable grâce au domptage d'animaux volants suffisamment grands et dociles pour être chevauchés et guidés par un italaxlan, et suffisamment rapides et agiles pour échapper aux traits et aux soldats ennemis utilisant des ballons de flottaison. Ces animaux faisaient les beaux jours et la gloire de la cité, et le Guide Suprême savait, de part son service des Oreilles, qu'ils étaient élevés et éduqués dans un village flottant et mouvant secret situé dans la région d'Italaxla. Les forces de la coalition n'avaient malheureusement pas réussi à le retrouver pour l'annexer, et ainsi imposer un siège plus efficace de la cité cible. Néanmoins, le Guide Suprême sentait que la mise au point récente et concluante, du côté de la coalition, des autogires propulsés par un système de pédalier utilisable par les deux membres d'équipage pour se relayer en cas de fatigue, permettrait aux forces de support de la coalition de rivaliser avec les forces de support italaxlannes. Sur dix prototypes, ce système avait même été amélioré par le Grand Spécialiste avec le remplacement du système de propulsion par pédalier par un système de propulsion utilisant la rotation d'une machine, appelée « moteur », qui utilisait la combustion d'un gaz pour fonctionner. Ces nouvelles inventions avaient amené le Guide Suprême à enfin déclarer une guerre qui larvait depuis de longs cycles, et causaient le champ de bataille qui s'étendait sous ses yeux.     Un petit nuage apparut subrepticement à la proue du vaisseau central ennemi, avant de disparaître aussi vite qu'il était apparu. Le Guide Suprême, l’œil alerte, remarqua le projectile noir qui fusait dans l'air, tremblotant. Le vent était en effet contre lui, le ralentissant et le déviant de sa trajectoire. Arrivé à une distance trop éloignée des premier ballons individuels de la coalition, le projectile explosa, envoyant des bouts plus petits tout autour de lui. Un coup manqué. Le Guide Suprême sourit en reconnaissant là un obus à billes, un projectile très puissant et efficace, mais nécessitant une quantité de matière importante. Ce qui en disait long sur les ressources italaxlanne. Ou sur leur inconscience.   Les forces de la coalition avançaient lentement, malgré le vent dans le dos ; seul un petit groupe de ballons individuels flottait plus en avant au centre de la ligne de front. De leur côté, les troupes italaxlannes avançaient également lentement, devant s'aider de moyens de propulsion physiques ou mécaniques pour faire face au vent contraire.   Un nouveau projectile partit d'un autre vaisseau du centre des troupes italaxlannes, en direction des ballons individuels avancés des troupes de la coalition. Comme précédemment, c'était un obus à billes et, comme le précédent, il explosa bien trop tôt. Le troisième vaisseau tira à son tour. Cette fois-ci, l'obus avança au milieu des ballons individuels avant d'exploser. Les billes éclatèrent dans toutes les directions, certaines percutant des ballons individuels. Sur les quinze ballons touchés, treize se percèrent et commencèrent leur lente descente inextricable vers les Profondeurs insondables.   Le Guide Suprême eut un sourire amer. Bien entendu, il savait que ces cinq cents ballons individuels portés en avant étaient des leurres sans soldats, envoyés pour tester et tenter de déterminer le type d'armement de l'ennemi. Mais il n'en demeurait pas moins qu'il venait d'une cité flottante de seconde zone, évoluant dans une partie de Sterna avec une grande quantité de zones dangereuses inexploitables et bien trop peu de colonnes de matière et d'énergie. Il était donc très alerte sur les questions de gestion et d'utilisation de l'ensemble des ressources disponibles, et ces treize ballons chutant vers les Profondeurs insondables représentait pour lui un gâchis sans nom. Il se reprit néanmoins vite, sachant que cette bataille serait de toute façon le théâtre d'un immense gâchis sans nom. Parce que les dirigeant d'Italaxla n'avaient voulu se soumettre, et avaient eu la stupide idée de refuser de perdre leur souveraineté et de rentrer dans le giron de la coalition et de l'autorité du Guide Suprême.   Comme ce dernier s'en doutait, et l'avait anticipé malgré les ordres donnés, ces premières « pertes » furent le signal que les forces Zulandaises attendaient pour lancer les hostilités.   Le chef spirituel, qui se trouvait toujours assis en tailleur, le buste droit, les narines dilatées, les deux mains posées paume vers le haut sur les genoux, l'index relié au pouce, ouvrit lentement les yeux : -Guide Suprême, je sens des fluctuations dans la trame du vent et des événements. Quelque chose ne se passe pas comme vous l'aviez ordonné. Le... Il s'arrêta quelques seconde, humant l'air, puis reprit : -Les Zulandais décollent. Ils partent au combat. Ils veulent venger les premières pertes de notre côté. -Zéphyr, tes dons m'impressionneront toujours. Néanmoins, je ne le sais que trop bien, et je l'avais de toute façon prévu ainsi. Mes ordres « officiels » les concernant n'avaient pour but que d’attiser leur mécontentement, et par là leur sauvagerie latente. Je vais maintenant donner mes vrais ordres aux restant des corps armés. Reste ici pour constater l'évolution du combat, du vent, et des événement. J'ai foi en toi. -Votre confiance en moi m’honore, Guide Suprême.     En quittant la pièce, le Guide Suprême se fit la réflexion que les Zulandais étaient une race vraiment particulière.   Dans leur statut social tout d'abord. Contrairement à la plupart des race intelligentes de Sterna connues des Wûrmiens, les Zulandais ne se répartissaient pas selon l'habituel dualité mâle/femelle. Les Zulandais se répartissait selon un principe de fonctionnalité.   Il y avait tout d'abord la Reine et ses trois Rois. La Reine et les Rois n'étaient pas des individus à proprement parler, mais des ensembles complexes de méta-individus, autrement appelé entités. La Reine Zulandaise avait une taille deux fois supérieure à la cité flottante de Würm. Elle abritait en son sein l'ensemble des œufs Zulandais, des réserves de nourriture pour elle, ses œufs et ses enfants - l'ensemble de la race des Zulandais hors les Rois – et servait également de cité pour l'ensemble de ses enfants, avec dortoirs, couloirs, salle de restauration et tout les éléments nécessaire à la vie de la race Zulandaise. Les Rois avaient une taille environ quatre fois moindre que la Reine. Tout comme elle, ils pouvait accueillir en leur sein une colonie de leur enfants. Un Roi était d'ailleurs présent sur le champ de bataille, servant de vaisseau de transport aux troupes Zulandaises présentes sur le champ de bataille. La Reine et les Rois flottaient grâce à l'ensemble des gaz issues de la dégradation de la nourriture de l’ensemble de l'espèce, ces gaz, plus léger que l'air, étant piégé par la carapace étanche protégeant le dessus de la Reine et des Rois. Si le principe de flottaison était commun à la plus grande partie des espèces connues peuplant Sterna, les Zulandais devaient être les seuls à utiliser leur propre gaz pour cela.   En dehors de la Reine et des Rois, le reste de l'espèce Zulandaise était composée de soldat et d'ouvrier. Bipèdes, comme la plupart des races intelligentes de Sterna connues des Wûrmiens, ceux-là ressemblaient néanmoins à un petit insecte rampant peuplant Wûrm et nommé « scarab ». Comme l'insecte, ils possédaient une forme ovoïde, avec une grande carapace bombée vert sombre dans le dos, d'une dureté impressionnante, venant protéger un dos blanc laiteux mou et une paire d'ailes transparentes et fragiles qui leur permettait de se mouvoir, malheureusement lentement, dans les airs. Ce qui restait néanmoins un avantage hors du commun. Leur partie ventrale, moins résistante, restait néanmoins difficile à percer. Leur visage se trouvait sur la partie ventrale, à environ quatre-cinquième de la hauteur de leur « ventre ». Ils possédaient une bouche avec des dents également très dures de forme triangulaire espacées de telles sorte de les dents des mâchoires supérieures et inférieures se trouvaient sur une seule ligne quand ils fermaient la bouche. Leurs mâchoires avaient tendance à se fermer à chaque fois qu'ils communiquaient, accompagnant leurs mots et phrases de claquements particuliers. Deux petites pinces sortaient de part-et-d'autre de leur bouche, leur permettant de tenir un aliment pendant que leurs dents le hachait menu. Deux petits yeux noirs et globuleux se trouvaient juste au dessus de la bouche.   Leurs jambes ressemblaient aux pattes du « scarab », mais plus puissamment bâties du fait de la nécessité de porter la totalité de leur poids. En contre partie, leur deux paires de bras, à la moitié du corps et au niveau de leur face, étaient vraiment très fins. La différenciation entre les ouvrier et les soldats se faisait ici : les ouvrier possédaient des bras lisses terminés d'une multitude de petits crochets duveteux leur permettant d’accrocher des objets et d'effectuer quelques actions basiques sur les parois intérieurs de la Reine et des Rois sans les blesser ; a contrario, les soldats possédaient un ensemble de pointes acérées tout le long des bras pour blesser ou s'accrocher à des partie molles, et l'extrémité de leurs bras était munie d'une griffe très tranchante très efficaces au corps-à-corps, ce qui était de toute façon leur seul moyen de combat. Si le rôle des ouvriers était de s'occuper de l'intérieur et des besoins de la Reine et des Rois, les soldats avaient pour vocation de protéger l'ensemble, et de ramener la nourriture.   Malgré ce mode de fonctionnement très coordonné, collectif et spécialisé qui leur avait permis de perdurer dans le temps, le Guide Suprême se fit la réflexion que l'espèce, les soldats surtout, était quand même bien individualiste, irréfléchie, confuse et sauvage lorsque sonnait l'heure de la bataille.   Rendu devant un émetteur radio, il attrapa le microphone pour enfin donner ses vrais ordres : « Nobles et valeureux soldats Würmiens, Zulandais, Azélans ; ingénieux et intrépides techniciens du Grand Spécialiste, ici le Guide Suprême qui vous parle... »

Chapitre 2 :
Italaxla

de l'histoire
Que la bataille commence
par Wargen

Je reste immobile, sidérée par les dernières secondes. Le chaperon rouge se place à mes côtés. Entre ses lèvres pincées, il ajoute : — Elle est morte, comme elle le devait… On va pouvoir se mettre en route. Dans son ton, il essaye d’imposer un sentiment d’urgence. – Attend, comment ça « comme elle le devait » ? — Oui… C’est comme ça que meurt Herta. Et c’est d’une utilité existentielle. Grâce à ça, les choses rentrent en ordre. — Mais les choses ne rentrent pas dans l’ordre, vu qu’elle est morte !!! — En même temps, elle allait t’abandonner. Donc est-ce que ça t’importe vraiment ? Je ne réponds pas et prends quelques secondes, pensive. C’est bizarre de scruter les yeux d’Herta avec un regard aussi vide, ça ne lui ressemble pas. Elle ne se ressemble plus. En vérité, tant pis si elle allait m’abandonner, j’aurai préféré que Herta soit seule et en vie. Le chaperon rouge ne me laisse pas le temps de finir ma réflexion et conclut : — Oui, en même temps, moi aussi quand ça m’était arrivé, ça ne me convenait pas. Mais tu verras avec ce qui t’attend, tu vas t’y faire. — Quand ça t’est arrivé ? Je veux bien des explications… — Tu n’as toujours pas compris ? me questionne le chaperon avec nostalgie. Décidément, sa léthargie du miroir a vite disparu. Il reprend : — Quand j’étais dans le château, le chaperon rouge est aussi venu m’aider. Et c’est grâce à lui si je suis capable de t’aider aujourd’hui. Est-ce que tu comprends ? — C’est plus flou quand tu l’expliques, mais je pense avoir compris. Est-ce que je suis destiné à aider une autre Eden à mon tour ? — Seulement si tu suis mes conseils, ponctue-t-il d’un clin d’œil. — Et tes conseils, tu les as tirés de ton expérience ? Ou tu te contentes de reproduire ce qu’a fait le chaperon rouge qui est venu t’aider ? — Euh… hésite-t-il longtemps, un peu trop longtemps. Certains… d’autres non. En vrai, il y a beaucoup de passage flou, je ne me rappelle plus de tous les embranchements. Mais l’importance est capitale. Tu dois me faire confiance ! Je regarde le cadavre d’Herta répandre ses fluides encore chauds sur les carreaux. Un filet de sang a gagné les joints et les redessine dans leurs longueurs. J’imagine le futur quadrillage rougeoyant d’ici quelques heures. Et noirâtre dans quelques jours. Je frissonne. — C’était vraiment obligé de la laisser mourir comme ça ? demandai-je avec une voix bien trop aigüe. — Oui, c’était même utile. Quoi qu’il en soit, maintenant c’est trop tard. Bon, par contre, il va falloir se dépêcher de quitter le château. Elle arrive ! — Qui ? soufflai-je en me doutant de la réponse. Le chaperon se contente de me regarder en faisant la moue. Puis, il m’indique la porte encore ouverte. Ses yeux sévères m’intiment de ne pas tarder. — Crooooooâ ! — Et pour le crapaud ? demandai-je. Ce qui eut le don d’agacer le chaperon rouge : — Ah ben oui, il faut le prendre ! Sinon on serait venu pour rien ! Tout en aidant le crapaud à se maintenir sur mon épaule, je détale à la suite du chaperon. Nous parcourons le couloir aussi vite que possible, jusqu’à une arche de pierre. Je me jette dans le grand escalier. Et alors que je compte partir à droite, en direction de l’entrée principale, le chaperon rouge se fige. Son regard se perd durant une demi-seconde. Puis telle une vigie, ses yeux scrutent tout autour de lui. — Attend ! scande-t-il. Si je ne dis pas de bêtise, c’est ici… Avec l’inertie, je m’arrête trois marches plus loin. — On ne doit pas s’échapper du château maintenant ? — On doit quitter le château, mais surtout pas maintenant, conclut-il en s’approchant d’un long rideau pendant. En le tirant, il dévoile une brique ressortant du mur grisâtre. — Appuie dessus ! Je le regarde avec méfiance. Maintenant que je l’ai vu sacrifier Herta sans une once d’empathie, je ne sais pas s’il mérite ma confiance. Un nouveau hurlement résonne dans mon dos, provenant de la forêt, mais une chose est sûre : elle arrive rapidement. Comme un électrochoc, j’accours et presse la brique. Contrairement à ce que j’avais imaginé, elle s’enfonce dans le mur le mur avec facilité et en silence. Aucun mécanisme, aucun bruit. Aucune porte ne s’ouvre. Le regard emplit de questionnement, je me tourne vers le chaperon rouge. C’est là que son piège se déclenche ? Et il me conseille de me retourner. Le mécanisme n’était pas manuel, mais magique. Une illusion vient de voler en éclat. Derrière moi, je découvre un escalier qui remonte, symétrique à celui que nous venons de descendre. — On y va ! Vite ! Vite ! Sous le coup de la peur, je le suis. Nous grimpons les marches quatre à quatre. Je le dépasse et plonge sur une porte fermée. J’essaye de forcer, mais rien n’y fait. Il m’a conduit dans un cul-de-sac ! Arrête de l’écouter ma pauvre Eden, tu vas finir entre quatre planches comme Herta ! — Accroupis ! Ne bouge plus ! m’ordonne-t-il. Sans réel autre choix, j’obéis. Je crois que c’est la première fois que je lis la peur sur son visage. Ce qui n’est pas logique, s’il a déjà vécu ce moment, il devrait savoir ce qu’il se passe. À moins qu’il me mente… Un index se dresse sur ses lèvres. Je prends conscience de ma respiration. Je fais tout mon effort pour la calmer, luttant contre la puissance de mon cœur emballé. Lorsque j’y arrive, je peux à nouveau me concentrer sur les sons environnants. Venant du contre bas, j’entends un léger clapotis. Comme si la mer venait d’atteindre le château de sa marée, et pénétrait à travers l’énorme herse. Sur mon épaule, le crapaud s’agite, à tel point que ces cuisses musclées vacillent. Afin de prévenir tout bruit intempestif, je le saisis de mes mains protectrices et le porte contre moi. Son petit cœur pulse si fort. Les clapotis deviennent des flaques dont le roulis régulier se rapproche. Comme une marée visqueuse qui remonte des marches. Avant la vue, j’ai l’odeur. Une odeur de mort qui s’infiltre en moi et tente de m’arracher les organes à travers ma gorge. Je dois plaquer une main sur mon visage pour me retenir de vomir. Je m’aperçois que le crapaud est tombé dans les pommes. Au moins, ça lui évitera de voir ce que je vois : un tentacule liquide tâtonne l’escalier au niveau de l’embranchement. J’ai envie de pousser un cri d’horreur, mais je force pour ne pas craquer. Du bout de sa viscosité, l’appendice devenu bourrelet, s’essaye à remonter l’escalier d’où ne venions. Puis se tourne, et s’approche de celui où nous sommes. Je le vois en contre bas, moins de vingt marches devant moi. Par instinct de survie, je bloque mon souffle. Aussi verdâtre que translucide, ce bras difforme caresse le velours rouge qui recouvre l’escalier. Après son passage, des trous rongent le noble matériau, comme avec de l’acide. Dans la suite de ce membre déstructuré, se ramène alors la monstruosité. Comme une gigantesque boule de pus, elle arrive à l’embranchement sur sa centaine de pattes informes. Au milieu du liquide formé, je vois des lambeaux de chair, comme un visage. Je reconnais l’horrible grand-mère qui semble ne s’être qu’en partie reconstituée. La mort se lit dans sa peau livide et dans ses yeux éteints. Avec près de trois mètres de haut, je peux distinguer chaque détail dégoutant. Les pustules en ébullition me déconseillent de libérer mes narines. Si elle décide de monter ici, je vais finir noyer dans la soupe la plus putréfiée du monde. Pitié, tout sauf ça ! L’énorme boule tourne son masque décharné dans notre direction. L’espace d’un instant, je considère Herta chanceuse. Les yeux éteints ne peuvent nous voir. Mais ça n’empêche pas les traits de se déformer dans un simulacre humanoïde. Ce masque mortuaire au teint cireux hume du bout de son nez crochu, fort. En manque d’oxygène, je me sens prête à exploser. Ou à tomber dans les paumes. Je crois que je préfèrerai la deuxième solution. Puis avec une rapidité que je ne lui aurais jamais confiée, l’immondice remonte l’escalier. En une mitrailleuse de clapotis, je la vois disparaitre dans le couloir où nous étions il y a peu. Mais je ne bouge plus. J’attends sans respirer. Autant de temps que nécessaire. Le bruit grotesque s’en est allé. L’odeur a surement disparu, mais je n’ai pas envie de le vérifier tout de suite. Je reprends ma respiration par la bouche, aussi lentement que possible. Mais c’est difficile après une telle apnée. Le chaperon rouge se redresse et j’ose une question, encore à bout de souffle : — Pourquoi… elle n’est… pas… venue nous… attaquer ? De son regard empathique, le chaperon rouge me fixe : — L’odeur d’un repas plus appétissant… J’encaisse la réponse comme un coup, comprenant ce qu’il appelait « utilité » dans la mort d’Herta. — Croaaa, se désole le crapaud revenu à lui.

Chapitre 14 :
L'embranchement

de l'histoire
Lune sanglante
par Bat.Jacl
Fantasy Chaperon Rouge Conte

Après mon père et ma mère, et ma demi-sœur avant qu'elle ne parte en exil caché, Grande-tante était la personne de la famille pour qui j'avais la plus grande estime et affection.   Petite sœur de mon grand-père paternel, Baron de Soulogne, elle avait jouit d'un mariage prestigieux auprès du cadet de la Maison d'Orélsan, ce qui l'avait conduit à quitter la Soulogne assez jeune pour se retrouver à Orélsan ou à la capitale. Son premier mari mort d'un infection pulmonaire, elle avait de nouveau trouvé les ressources pour accéder à un nouveau mariage au dessus de sa condition. Son second mari, Monsieur Le Teiller, avait en effet été conseiller d’État avant de devenir secrétaire d’État de la Guerre de l'ancien Roi, un des proches de l'homme de l'ombre de l'ancien Roi, marquis de Barbézieux, et un fervent soutien du nouveau Roi lors de la fronde. Ce qui lui avait valu une gorge tranchée. Et un second veuvage pour Grande-tante.   Malgré son statut, elle se plaisait à revenir nous voir régulièrement en Soulogne, qu'elle ne rejetait pas comme un obscur petit bout de terres maintenant qu'elle œuvrait dans les plus hautes sphères du royaume. Elle ne put avoir d'enfants, et elle se prit d'affection pour ma demi-sœur et moi-même en tant que seuls petits-enfants restant de la famille de Pont-Sainte-Croix. Les manières dont elle faisait montre n'étaient que superficielles, pour s'inscrire dans le milieux dans lequel elle évoluait maintenant. Mais dans le fond, on ne trouvait pas en elle la morgue et l'orgueil de la haute noblesse sur le reste de la population du royaume.   Pour une campagnarde, elle s'était très facilement adaptée à la vie citadine de la capitale, et aux manières très codées, aux mondanités exubérantes et aux commérages de salon de la haute société.   -Alors mon enfaaaaant, as-tu développé un mal de la viiiiille ? me demanda-t-elle en souriant alors que nous nous étions assise dans son boudoir, après avoir quitté la cour et emporté une lettre cachetée que ma demi-sœur lui avait adressée.   -Je suis déjà allé accompagner Père à Orélsan et à Bois, mais... Ce ne semblent n'être que de petites bourgades comparées à la capitale ! Il y avait certes la chaleur et la fatigue du voyage, mais cette foule ! Jamais je n'avais vu autant de monde à la fois, et dans un si petit espace...   -Crois-moi, ma petite Anne... Elle se pencha vers moi et chuchota : « Anne, la vrai, même si je trouve désobligeant de dire cela, m'a averti avant que tu n'arrives, de ton changement d'identité. Même si je me rappelle bien plus de toi en tant qu'Anne qu'Anne elle-même ! Quoiqu'il en soit, je te donnerais du Anne pour toute cette année que tu passeras ici. »   Elle se redressa et repris une voix normale : « ...il ne doit y avoir beaucoup de viiilles sur Terre qui ne soit aussi dense et peuplééé qu'ici. Mais tu t'habitueras viiite, je le sais. Et tu ne devraiiis, je l'espère, jamaiiis trop traîner dans les quartiers sud, très peuplééés, grouillants et dangereux par lesquelles vous êtes rentrééés pour venir ici.   -Et cette odeur... Comment faites-vous pour supporter cela ?   -Ihihih, mais mon enfaaant, ce sera comme pour les gens. Et l’exiguïtééé. Et la promiscuitééé. Et le bruiiit. Et l'absence d'arbres. Avec le temps, tu t'habiiitueras. Et tu feras connaissance de tout le reste, que tu ne peux trouver qu'iiici. Tout ce qui donne le piquant de la viiie !   -Je l'espère, Grande-tante. Je l'espère...   -Mais siii, je le sais. Une fois que tu auras pris le goût et le pouls de la ville, je sens que nous allons bieeen nous amuseeer toutes les deux ! Et d'ailleurs, nous allons commencer pas plus tard que ce soiiir : nous sommes invitées pour une modeste soirée chez une de mes graaandes amies, Madame la marquise Blanche de Drouot. Va donc te reposer un peu dans ta chaaambre pour te remettre de ton voyage, et tu te prépareras par la suite. Je t'ai déjààà fait sortir une robe, dont j'espèèère un bon retour des invités. Tu pourras demander à tes gens de t'aider pour t'habiller. Nous partirons sous les coups de dix heures. Et maintenant, je te prie de m'excuser, mais j'ai à revoiiir une bonne vieille amiiie !   Je me levai et quittai la pièce pour laisser rentrer une Marthe souriante.     Une modeste soirée. Peut-être était-ce « ce que je ne pouvais trouver qu'ici, le piquant de la vie ». Le grand salon de l'hôtel particulier de Madame la marquise était grand. Et il était bondé. Je ne sus dire combien de personnes pouvaient se trouver ici, en même temps, dans ce même lieux.   La robe mise à disposition par Grande-tante aurait déjà pu me mettre la puce à l'oreille : une robe rouge en soie, une matière si douce au touché mais si fragile qu'elle interdisait l'usage du corset. La robe mettait donc en valeur ma fine silhouette et proposait alentour, grâce à deux fines bretelles qui lui permettaient de tenir et un décolleté, une vue sur mes épaules nues et une plongée impudique sur mes seins. Pas de froufrous ou de bijoux incrustés. Pas besoin, m'avait glissé Grande-tante, avant de me demander de prendre une petite coiffe et un chaud veston pour le voyage en calèche.   Je n'avais jamais vu un tel vêtement exister, ni même pensé que cela pût exister. Et encore moins pensé que l'on pu le porter, étant donné le style vestimentaire à la mode et toute les robes qui s'offraient à ma vue. De la même manière que je n'aurais jamais cru possible assister un jour à une soirée en compagnie d'une telle quantité d'hommes et de femmes de haute naissance ou issus de la haute bourgeoisie. Une modeste soirée.   Tandis que je restais bouche bée, à l'entrée de la pièce, devant ce qui s'offrait à mes yeux, et que certains regards se tournaient dans ma direction, ma grande-tante me prit par le bras et m’entraîna vers un groupe de quatre personnes.   -Aaaaaah, madaaaame et monsieur le Comte de Clairmont, madame et monsieur Serbiiien, laissez moi vous présenter ma petite-nièce, Aaanne de Pont-Sainte-Croix, baronne de Soulogne !   Les deux couples se tournèrent dans notre direction en souriant, inclinant légèrement la tête. L'homme le plus joufflu, crâne légèrement dégarni et avec une couronne de cheveux blancs, répondit :   -Ah ma chère, nous nous demandions à quelle moment vous feriez votre apparition lors de cette soirée. Vous ne vous êtes que trop faite attendre !   Le deuxième homme, plus jeune, arborant une fine moustache et de longs cheveux bruns tombant dru de part et d'autre de son visage, compléta, avec un accent prononcé que je ne sus définir :   -Cependant, je pense pouvoir dire, enlevant les mots de la bouche de mon ami Jacques ici présent, que votre retard est excusé par la présence de votre sublime petite nièce !   Les deux hommes gloussèrent, tandis que leurs femme les regardaient d'un œil sombre. La femme de Jacques, l'homme joufflu, se tourna vers moi, persiflant :   -Baronne si jeune... et ainsi vêtue ? Moi qui pensais que les baronnies n'étaient là que pour apporter la plus grande part du sang noble dans nos vaillantes armées. Je crois que vous ne seriez que d'une piètre aide sur le champ de bataille, dans cette tenue !   -Que nenni, chère Mathilde, rétorqua ironiquement l'homme à l'accent prononcé. « Notre chère Anne éblouirait la soldatesque ennemie, les faisant tourner casaque à sa seule vue ! »   -Tout comme vous seriez prêt à me tourner casaque de votre côté, mon cher époux ? rétorqua froidement sa femme, une jolie et grande femme blonde aux yeux bleus sans fard ni maquillage, ce qui tranchait avec la trop pomponnée Mathilde.   -Diantre non, chère Ingrid, fleur de mon cœur, éclat de mes rêves, que ne sais-je tout ce que je vous dois !   -Ne serais-ce votre tiiitre, mon cher Enguerraaand ? glissa malicieusement Grande-tante.   Les cinq autres gloussèrent. Ingrid se tourna vers moi : « Je m'excuse pour le manque d'éducation de mon époux, que j'ai du mal a encore tenir en laisse. Néanmoins, je crois comprendre que nous nous trouvons toutes les deux, ou tout du moins tous les trois avec mon époux, dans un cas similaire : j'imagine aisément que vous vous retrouvez dépositaire d'un titre gagné fortuitement et précocement suite aux événements tragiques d'il y a deux ans.   -Effectivement, madame la comtesse. Feu mon père était baron de Soulogne, et en l'absence d'un frère ou d'un époux, j'ai récupéré la lourde tâche de représenter et administrer notre domaine.   -Si jeune, si désirable, et toujours sans époux ? Je pense que vous pourrez aisément, si vous le souhaitez, faire une croix sur la tranquillité de votre célibat à l'issue de l'année à venir. Et, très chère Anne, savez-vous que même la présence d'un époux à vos côtés ne vous ôte pas toutes responsabilité quant aux décisions à prendre pour vos terres. Bien au contraire ! Je me targue de ne pas laissé intervenir mon cher époux dans les charges décisionnelles qui incombent à notre titre. Quelle folie cela serait, de laisser un tel sieur sans manières commander !   -Caçari lo loups qui intra dins l'ostal, lui répondit Enguerrand en souriant.   Ingrid lui donna une petite pousse dans l'épaule.   -Vous savez très bien, mon cher, que je ne goûte vous entendre parler dans ce dialecte du fin fond de nos terres civilisées.   -Je ne le sais que trop bien, ma chère Ingrid. Tout comme je sais comment vous dirigez votre domaine, et moi-même, d'une main de fer. Et, si vous ne goûtez mon dialecte et ne me reconnaissez que peu de mérites, au moins y a-t-il un endroit dans lequel vous goûtez de ma personne.   Grande-tante glissa, malicieusement : « Ne serait-ce dans la chambre conjugaaale ? »   Le groupe gloussa.   Mathilde se tourna vers ma grande-tante : -En vous attendant, nous étions en train de converser à propos de... Un coup d’œil dans ma direction. -... savez-vous... Grande-tante me prit par le bras : -Ma petiiite Anne, veux-tu bien nous laisser discuter tranquillement ? Tu trouveraaas bien assez de divertissements à cette soirééé !   Saluant le groupe, je pris congés. Un valet, portant un plateau rempli de verres fins et allongés, se porta à mon encontre : -Une flûte de vin de Compagne, gente dame ? -Je vous remercie, mon brave, répondis-je en prenant un verre. Le liquide était jaune translucide, et semblait mousser sous l'effet d'une myriade de fines bulles remontant vers la surface. Le goût légèrement sucré était néanmoins caché par l'acidité piquante des bulles qui explosaient sur ma langue. Et je sentis après coup l'effet de l'alcool, qui accentua l'explosion de couleurs, dû à l’assemblage de robes et jaquettes multicolores des convives, qui dandinaient devant mes yeux.   Un murmure suffisamment fort émergea du brouhaha ambiant, sur ma droite. Tournant la tête, je vis une masse de convives entourant ce qui semblait être une table. Je m'approchais prudemment, mon verre à la main, esquivant des groupes de personnes qui jetaient de temps en temps de rapides coup d’œil dans ma direction. Tentant de trouver une brèche dans le mur de convive qui se tenait devant moi, je finis par trouver un petit espace en me glissant entre les froufrous d'une robe blanche et une jaquette mauve. La jaquette mauve se tourna vers moi et me laissa un peu de place, tandis qu'un nouveau murmure montait de la table : -Venez-vous voir cette partie endiablée, belle enfant ?   Une douzaine de personnes était assises autour d'une table, chacune avec un tas de jeton devant elle. Les tas étaient de tailles disparates, signe de fortunes, personnelles ou au jeu, diverses. Un grand et bel homme, vêtu d'une veste militaire brodée de quelques médailles, tira une carte de la pile devant lui. Un As de trèfle, qu'il plaça devant le joueur à sa gauche. Tout le monde, public comme joueurs, regarda les cartes face visibles sur la table, puis le joueur venant de recevoir sa carte mit un tas de jetons dessus. Je remarquais alors qu'en dehors du militaire, chacun avait une carte face visible avec un tas de jeton dessus, en dehors d'un joueur ayant trois cartes semi empilées, quatre de pique, de cœur et de trèfle, avec un tas de jeton trois fois plus gros dessus. Il ne restait plus que le miliaire sans carte. Jaquette mauve se pencha vers moi : -Pensez-vous que le banquier va quadrupler, belle enfant ? Le militaire posa la main sur le tas de carte, suspendant son geste. Il regarda les autres joueurs dans les yeux. La tension semblait palpable. Puis il jeta un coup d’œil au public. Et accrocha les miens. Son sourire s'élargit, et il me fit un clin d’œil. Jaquette mauve, qui semblait tressaillir d'impatience : -Je parierai bien dessus. Ce gentilhomme a une chance du démon depuis le début de la partie. Ne me quittant pas des yeux, le militaire tira la carte qu'il posa devant lui. Un « oh » général monta de l'assemblé autour de la table. Un des joueurs pesta. Quatre de carreaux. Celui que jaquette mauve venait d’appeler le banquier ramassa le tas de trois quartres qu'il empila sous son quatre. Il récupéra tous les tas de jeton présents sur les cartes présentes devant chaque autre joueur, et vint augmenter son propre tas de jetons déjà plus imposant que les autres. Puis il repris alors l'ensemble des cartes sur la table et se mit à mélanger. Un des autres joueurs en bout de table, le visage posé dans ses mains, avec un maigre tas de jeton devant lui, souffla que cela serait la dernière pour lui. Je me tournai vers jaquette mauve : -Mais, monsieur, qu'est-ce que tout ceci ? Jaquette mauve, un homme sec, avec une grande perruque blanche et la face toute poudrée, me regarda surpris et souriant. -Mais, belle enfant, serait-ce la première-fois que vous voyez le jeu du Lansquenet ? -Je... je suis nouvelle en ville, et vient d'un domaine où ce genre de soirée... comment dire... -N'existe pas. Je vois bien que vous ne semblez pas totalement vous fondre dans le paysage. Bien trop voyante, à ce que je peux maintenant voir, me fit-il avec un clin d’œil après m'avoir détaillé des pieds à la tête. « Ne vous en faite pas, gente dame, je pense savoir pourquoi vous vous trouvez à la capitale, et je pense que vous vous fondrez, avec le temps, dans la masse. En attendant, laissez-moi vous expliquer les règles du Lansque... On m'attrapa et me tira brusquement par l'épaule, m'éloignant de jaquette mauve et de la table. Me retournant, je fis fasse à mon agresseur. Mon agresseuse. Une grande femme châtain, fortement bâtie, habillée d'une robe en chouquette bleu azur qui tranchait elle aussi dans la masse des autres robes de la soirée, se trouvait, regard acéré, attitude agressive, devant moi. D'une voie glaciale suffisamment faible pour que cela reste entre nous, elle grinça : -Que faites-vous là ! -Je... je voulais regarder ce qu'il se jouait ici. -Ne joue pas à la minorée avec moi. J'étais là la première, ceci est chasse gardée ! -Je ne comprends pas. -Ze ne comprends pas, ze ne comprends pas. Ne joue pas à la petite fille craintive et apeurée, je t'ai vu te placer devant Monsieur le Duc pour te faire voir. Je sais que tu n'es qu'une courtisane pouilleuse qui cherche une proie à cette soirée. Avec toutes les vieilles momies qui nous entourent et te reluquent, tu n'as que l'embarras du choix. Mais pas touche au Duc, il est à moi. Elle se retourna brusquement et me laissa seule, pantoise, sans que je ne puisse rien rétorquer. Quelle horrible femme. Me prendre pour une simple courtisane. Comme si je n'étais là que pour ça. Reprenant mes esprit, je revins vers la table de jeu et jaquette mauve. -Ah, vous revoilà, belle enfant. Le jeu semblait avoir repris sur la table. -Voulez-vous que je vous explique les règles. Une courtisane ! -Vous seriez bien aimable, mon bon monsieur. Même si, levant de nouveau les yeux vers le bel homme, je la comprenais. Pourquoi ne pas lier l'utile à l'agréable ? Et... un titre de Duc... ce n'était pas chose courante, en ce royaume !   Pendant que Jaquette mauve m'expliquait des règles qui me sortaient directement de la tête, je ne lâchais pas le Duc des yeux, le voyant s'extraire de temps en temps de sa partie pour regarder le public, me trouver des yeux et me sourire.   -Même s'il n'a taillé que six fois sur cette manche, le banquier a bien réussi sa soirée. Et dire qu'il a gardé son rôle toute la partie! Jaquette mauve semblait extatique sur le jeu du beau militaire. La partie venait de se terminer, le coupeur dépité qui avait déclaré son dernier tour à la manche précédente ayant été pris le premier sur celle-ci. Tandis que les joueurs se levaient, des valets venaient récupérer les jetons sur la table et remettre des lettres d'intention et bons de paiements aux joueurs sortants, d'autres joueurs venaient prendre la relève, et le reste du public alentour papillonnait.   A travers le mur de convive, je vis le Duc me faire un clin d’œil et ce qu'il me semblait être un geste de le suivre. Tournant la tête, j’entraperçus le regard glaciale, pointé sur moi, de la chouquette bleu azur. Qu'elle aille au diable, me dis-je, en rentrant dans le mur de convive à la poursuite du Duc.

Chapitre 2 :
Grande-tante

de l'histoire
Le Grand Bal du Roi
par Wargen

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