The Root Book

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The Root Book facilite l'écriture collaborative

Tu veux écrire de la fiction à quatre mains, à six mains, ou même plus, facilement et sans avoir de co-auteurice ?

The Root Book est un site d'écriture collaborative unique, où n'importe qui peut participer à n'importe quelle histoire et à n'importe quel moment de l'histoire.

Quel que soit ton genre préféré - fantastique, romance, science-fiction - ta voix a sa place ici. Seule l'imagination est la limite !

La ramification des histoires

The Root Book fonctionne sur le principe d'une arborescence des chapitres : un seul prologue donne naissance à de nombreux chapitres 1, qui sont les débuts d'histoires Chaque chapitre peut avoir autant de suites que possible, et chacune de ces suites peut à son tour se diviser en de nombreuses histoires.


Image illustrant la ramification des chapitres
Image illustrant la ramification des chapitres

Il te suffit d'un pseudo et d'un email pour te mettre à écrire

Si tu as besoin d'améliorer ton écriture, tu peux relever les défis d'écriture et ainsi travailler, tout en voyant ce que les autres écrivains proposent.
Et si tu as une idée, tu peux créer ton propre défi à la suite du prologue, juste en cliquant sur la case "défi".

Beaucoup d'histoires par de nombreux auteurs

The Root Book est un site très dense, avec sa multitude d'histoires qui possèdent tous leur propre multivers. Pour t'aider à naviguer dans cet arbre géant, plusieurs outils sont à ta disposition.

L'arbre des histoires te permet de visualiser la structure de chaque histoire et de comprendre comment les différents chapitres s'articulent entre eux. C'est un excellent moyen de voir l'ensemble de l'histoire et de choisir où tu souhaites contribuer.

Notre système de tags te permet de trouver des histoires qui correspondent à tes centres d'intérêt. La page des tags. Sur chacun de tes chapitres, tu peux ajouter les tags que tu veux, même ceux que personne n'a encore utilisé !

Le Concept Unique de The Root Book

The Root Book, c'est une expérience littéraire unique que je t'invite à découvrir. Ici, la magie de l'écriture collaborative prend vie. Chaque histoire se transforme en un véritable cadavre exquis où chaque auteur apporte sa touche personnelle, pour une aventure littéraire sans pareil.

Chaque histoire possède son propre multivers !

The Root Book est porté par une association à but non lucratif, qui a pour mission de fournir un outil 100% gratuit et en ligne pour tous, afin que chacun puisse exprimer sa créativité.

Si tu es enseignant·e ou professeur et que tu souhaites utiliser notre plateforme pour ta classe, n'hésite pas à m'envoyer un message pour me poser toutes les questions. D'autres ont déjà passé le pas.

La Monnaie de l'Imagination : Les Points TRB (🌳)

Sur The Root Book, chaque action compte. Les points TRB, symbolisés par le petit arbre 🌳, sont une manière de récompenser ta participation active à la plateforme. Tu les gagnes en écrivant (que ce soit des chapitres ou des commentaires), en donnant et recevant des coups de pouce, en relevant des défis et même en faisant un don à l'association T.R.B.

Ces points ont de la valeur ! Ils peuvent te permettre d'afficher des liens vers tes réseaux sociaux, augmentant ainsi ta visibilité au-delà du site. Tu peux également proposer de nouvelles façons de les dépenser directement sur ton compte.

Nos Chiffres-Clés et des Tags

The Root Book, c'est une communauté dynamique et des histoires incroyables à découvrir.

510 auteur·rice·s inscrit·e·s
691 chapitres coécrits
856136 lectures

Voici les tags préférés sur la plateforme :
Collaboratif (203) Écriture (178) Début (147) Concours (127) Prologue (126)
(Si ton genre de prédilection ne s'y trouve pas, peut-être que tu devrais envisager de créer un compte pour remédier à ce problème !)

Si jamais tu es perdu, surtout n'hésite pas

Si tu as plus de questions, il existe une FAQ.

Si tu as des suggestions ou si tu rencontres des problèmes sur le site, n'hésite pas à me contacter. Je suis là pour t'aider et répondre aux demandes dans les plus brefs délais. Tu peux me contacter via le formulaire de contact.

Un site avec de fortes valeurs collaboratives

En tant qu'association, The Root Book est ouvert à de nombreuses possibilités de partenariat. Que tu sois une association, une entreprise, un blogueur ou un influenceur, nous sommes toujours ravis d'explorer de nouvelles collaborations.

Nous disposons d'un système de visibilité efficace qui peut aider à promouvoir ton travail ou ton organisation à travers notre plateforme et notre communauté d'auteurs passionnés.

Si tu es intéressé par un partenariat avec The Root Book, n'hésite pas à prendre contact via le formulaire de contact ou à l'adresse email suivante : information.the.root.book@gmail.com.


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Quelques Chapitres à ne pas oublier

Il y avait quelque chose d'étrange dans l'air ce soir-là. Peut-être était-ce le vent qui soufflait avec une force inhabituelle, faisant claquer les volets et gémir les arbres. Ou peut-être était-ce simplement l'atmosphère oppressante de cette vieille maison qui me mettait mal à l'aise. Je me suis assise à mon bureau, essayant de me concentrer sur mon travail. Mais chaque fois que j'entendais un bruit à l'extérieur, mon cœur se mettait à battre la chamade et je ne pouvais m'empêcher de jeter un coup d'œil par la fenêtre. Il n'y avait rien à voir, bien sûr. Juste le jardin plongé dans l'obscurité et le vent qui faisait onduler les hautes herbes. Soudain, j'ai entendu un grattement à la porte d'entrée. Mon cœur s'est arrêté un instant avant de recommencer à battre encore plus vite. Je me suis levée lentement, essayant de me convaincre que c'était juste le vent. Mais alors que je m'approchais de la porte, le bruit s'est intensifié, comme si quelqu'un essayait désespérément de rentrer. Je me suis figée, incertaine de ce que je devais faire. Appeler la police ? Mais ils n'arriveraient jamais à temps. Et s'il s'agissait de quelqu'un que je connaissais, qui avait besoin d'aide ? Finalement, je me suis décidée à ouvrir la porte. Il y avait un homme debout sur le seuil, trempé jusqu'aux os et frissonnant de froid. Je l'ai reconnu immédiatement, c'était le vieil épouvantail qui se trouvait dans le jardin de l'autre côté de la rue. "Je... je vous en prie, a-t-il balbutié. Laissez-moi entrer. C'est le vent... il veut me prendre." Je l'ai regardé, incrédule. Le vent ? Qu'est-ce qu'il racontait ? Mais il avait l'air si terrifié que j'ai fini par lui ouvrir la porte et le laisser entrer. Je l'ai installé devant la cheminée et lui ai donné une couverture. Il s'est blotti dedans, tremblant de tous ses membres. "Merci, a-t-il murmuré. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je me suis retrouvé dehors, et le vent... il m'a poursuivi." Je lui ai donné un verre de whisky pour le réchauffer et lui ai demandé ce qu'il faisait dehors par un temps pareil. Il a hésité un instant, comme s'il ne savait pas trop comment me répondre. "Je... je suis sorti pour ramasser du bois pour la cheminée, a-t-il fini par dire. Et puis, tout à coup, le vent s'est levé et... il m'a attrapé. J'ai essayé de lui échapper, mais il était plus fort que moi. Il m'a traîné jusqu'ici, jusqu'à votre porte." Je l'ai regardé, incrédule. C'était une histoire complètement folle. Mais il y avait quelque chose dans ses yeux qui me faisait penser qu'il disait la vérité. "Le vent... il veut me prendre, a-t-il répété d'une voix tremblante. Je ne sais pas pourquoi, mais il m'a choisi. Et s'il me trouve ici, il me prendra. Il faut que vous m'aidiez à me cacher." Je ne savais pas quoi faire. Cet homme était manifestement terrorisé, mais comment l'aider si je ne savais même pas ce qui lui arrivait ? Et s'il avait raison ? Et si le vent était vraiment en train de le poursuivre ? Je lui ai dit que je l'aiderais, mais que je devais d'abord appeler la police. Peut-être qu'ils pourraient trouver une explication à tout cela. Mais alors que je m'apprêtais à décrocher le téléphone, j'ai entendu un bruit à la porte d'entrée. Le vent, encore une fois. Mais cette fois, il ne s'agissait pas de simplement gratter à la porte. C'était comme s'il essayait de l'enfoncer. L'homme s'est levé d'un bond, affolé. "Il est là ! a-t-il crié. Il est venu pour me prendre !"

Chapitre 1 :
Le Vent

de l'histoire
Le Vent
par TRB-GPT
Horreur Vent Poursuite

Je me retournai, le regard hagard :   -Grande-Tante ! Je...   Mes yeux étaient rouges et menaçaient de couler. A mon air déconfit, elle comprit que tout ne s'était pas bien passé. Ou au moins une chose.   -Viens mon enfaaant, allons au boudoir pour que tu m'expliqueees.   Nous remontâmes toutes les deux dans la petite pièce de confiance de Grande-Tante, dans laquelle le service de thé avait été posé. Elle servit deux tasses, portant la sienne aux lèvres en me scrutant attentivement :   -Alooors ?   -Le... le sieur Bono ! Il sait... il sait mon nom ! Mon pré...   -Tututut ! Ma chèèère Anne, voilà qui est fâcheeeux.   Elle but tranquillement deux gorgées, pendant que je faisais tourner la tasse chaude entre mes mains.   -Mais je ne comprends pas comment...   -Tututut ! Chaque chose en son teeemps. Raconte-moi tout ce qu'il s'est passé avec notre cher Jeaaan.   Je trempai les lèvres dans la boisson chaude, fis le vide dans ma tête, et me lançai. Ma colère initiale à sa vue et mon envie de le renvoyer. Ses explications et son monologue. Ma gifle. Son emprise sur moi pour me forcer à danser. Mes appels à l'aide. Mais sa danse envoûtante qui me conquit. La volte et ses portés. L'intervention finalement trop tardive de Soizic et Michon. L'altercation entre Michon et le sieur Bono. Grande-Tante leva un sourcil. Les avances à peine voilées du sieur Bono à Soizic. Un sourire s'esquissa sur le visage de Grande-Tante. La reprise du cours de danse d'une manière méthodique et savante, jusqu'à mon épuisement. Les railleries finales. Et ce mot. Ce prénom, lâché en guise d'au revoir. Mon désarroi intérieur. Ma confusion. Et ma perte de temps, ne me permettant pas de le rattraper avant son départ de l'hôtel particulier.   -Quelle histoiiire ! Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant amusééée !   Grande-Tante, qui faisait onduler ses doigts les uns contre les autres devant sa bouche, ne semblait pas si perturbée que cela par mon annonce.   -Je ne comprends toujours pas comment... oui, j'ai murmuré mon prénom hier soir chez la marquise de Drouot, mais il n'a pas pu l'entendre, avec le crissement des violons...   -Ma chérie, nous faisons face à un problèèème. Et ne perd pas de vue que, lorsque tu fais face à un problèèème, il faut toujours commencer par le résouuuudre, avant de chercher à savoir d'où il vieeent. Sache être toujours alerte et aux abois dans la société dans laquelle tu vas baigner pendant cette annééée. Elle est aussi dangereuse que n'importe quel champ de bataiiille.   Elle but une nouvelle gorgée. Je portai la tasse à mes lèvres.   -Et ne recule devant rien si la résolution de ton problèèème passe par la mort d'un homme ou d'une feeemme.   Je recrachai ma gorgée, les yeux grands ouverts :   -Quoi ? Grande-Tante, voyons !   -Ma chère Anne, tu as été on ne peut plus claiiire dans la lettre que tu m'as faite parvenir à ton arrivééée : le secret doit être conservé à tout priiix, quelles qu’en soient les conséquences, au moins jusqu'à la résolution de la mission que tu t'es fixééée. Et mon expérience de la capitale me dit que tu as tout à fait raisooon.   Les pourquoi et comment étaient maintenant bien loin.   -Mais... tuer le sieur Bono, n'est-ce pas excessif ? Et comment faire ?   -C'est dans ces moments-lààà qu'il faut être perspicace et inventive, ma chère enfaaant ! Tu me dis que Jean Bono et le braaave Michon ont eu maille à partir de manière belliqueuse à ton endroiiit ?   Je murmurai, piteusement :   -Oui.   Ses doigts papillonnaient encore devant sa bouche, laissant à peine deviner un sourire.   -Jean Bono est un gentilhooomme pour qui l'honneur est une notion importaaante. Et Michon me semble être un brave garçon passionneeel, dont tu me dis pouvoir guider l'esprit selon ta convenaaance.   Ma bouche s'ouvrit dans un rond incrédule :   -Michon ?   Un sourire carnassier s'afficha aux lèvres de Grande-Tante :   -Oui, ce brave et impétueux Michooon. Qui va provoquer le sieur Bono pour un duel d'honneur à mort à ton propooos. Et pour lequel je vais te demandeeer de trouver un motif fallacieux mais crédiiible. Un bon exercice d'apprentissage au mensooonge et à l'inventivité, dont tu auras fortement besoin pour apprendre à survivre iciii.   Grande-Tante se leva et vint se poster derrière moi.   -Mais c'est...   Elle passa ses bras autour de mon cou et, se penchant, me chuchota :   -C'est ce qu'il faut faiiire. Et c'est ce qu'il faut que tu apprennes à faiiire. Dans ce monde impitoyaaable, nous devons lutter avec nos aaarmes. Et si nous n'avons pas la force et l'impulsivité des hooommes, sache, ma belle Anne, que nous avons, nous autres les feeemmes, bien d'autres arguments à faire valoiiir. Et j'ai confiance en toiii. Maintenant, va mon enfaaant. Une lourde tâche t'atteeend.     Je sortis du boudoir chancelante. Grande-Tante s'était voulu réconfortante, mais elle m'envoyait mentir à un brave garçon pour provoquer un duel à mort. Pour une sombre histoire d'interversion de personne et de prénom.   Je hantais les couloirs de l'hôtel particulier, à la dérive, me laissant guider par mon inconscient. Un homme allait mourir. Pour moi. Pour une cause idiote. Je manquai de percuter Grégoire, qui portait une caisse de légumes. Je bredouillai :   -Mon bon Grégoire, aurais-tu vu Michon, par hasard ?   -Vous avez triste mine, mademoiselle. Je l'ai effectivement croisé, il se rendait à l'écurie. Et savez-vous quoi ? Au contraire de votre triste mine, j'ai cru déceler une trace de sourire sur ses joues. Troublant chez ce jeune homme, n'est-il pas ?   Le remerciant à demi-mot, je le laissai sur sa remarque cocasse pour me rendre aux chevaux. En traversant la cour, j’eus soudain froid. Mentir pour envoyer un homme à la mort. Je tremblais doucement. Mes yeux s'humidifiaient. Un duel d'honneur pour un motif fallacieux. Je m'attrapai les bras à pleines mains pour me réchauffer et me mordillai la lèvre inférieure. L'odeur du crottin m'assaillit quand j'entrai dans l'écurie. Michon était au fond, en train de frotter le beau cheval alezan qui nous avait guidé de la sauvage Soulogne jusqu'à la capitale. Le grand palefrenier sifflotait, complètement absorbé dans sa tâche. Je me mis à courir vers lui. Il se retourna, surpris, et n'eut le temps de dire quoi que je me jetasse dans ses bras, le visage en pleurs caché dans son torse.   -Mademoiselle ?   A travers mes larmes non feintes, j'articulai péniblement :   -Michon, c'est terrible.   -Ah, » il ne chercha pas à en savoir plus.   Je sanglotai et reniflai, serrant les mains dans son dos. J'étais confuse et désorientée. Un homme allait mourir à cause de moi, et il me fallait mentir pour y parvenir. Cette pensée impure me souillait. Michon posa sa brosse sur le rebord du boxe et m'étreignit de ses grands bras costauds.   -Ne me touche pas, Michon, je suis souillée, impure.   -Ah ? » Son intonation était légèrement montée dans les aigus, comme interrogatrice, tandis que ses bras se détachaient de moi.   J'avais de plus en plus froid, mais je suais abondamment. Mon cœur palpitait dangereusement.   -Michon, j'ai mal en moi. Dans ma chair et dans mon être.   C'était sorti tout seul, mécaniquement. Ses bras m'enlacèrent de nouveau.   -Mademoiselle, que s'est-il passé.   Mes sanglots semblaient se calmer, alors que je tentais de me concentrer. Mais l'hébétude et les questions étaient toujours là.   -Michon, le sieur Bono...   -Oui ? » ses bras se serrèrent.   -Après que vous soyez partis, avec Soizic...   Il fallait trouver quelque chose. Mon cœur battait la chamade. Je transpirais abondamment. Que pouvais-je bien inventer ?   -Il vous a fait du mal ?   -Oui !   -Il a osé vous toucher ?   -Oui !   -Il vous a forcé.   Mes yeux devenant secs, j'essayai de forcer les pleurs, en pensant à Père.   -Oui, Michon. Si seulement tu savais...   -Il vous a menacée ?   Je sentais une masse grossir petit à petit contre mon ventre. La tension dans la voix de Michon était palpable. Il fallait que j'invente quelque chose de crédible.   -Oh Michon, si tu avais été là... il avait un couteau. Il me l'a mis sous la gorge, et il m'a dit qu'il me la trancherait si jamais je criai. Et il m'a...   Je réussis à intensifier mes sanglots et tremblements. Son sexe était maintenant dur contre mon ventre. Sa voix dure gronda :   -Il vous a ?   Je murmurai :   -Michon... ce qu'il m'a fait. Ce n'était pas chrétien. C'était l’œuvre du démon. Il m'a obligé à des choses... Tu ne peux pas imaginer. Tu ne dois pas imaginer.   -Je préfère ne pas imaginer. Des actes dignes du péché originel ?   -Ou... oui...   -Le monstre !   -Il... il m'a souillée. Il m'a déshonorée. Michon, je me sens si sale. Il ne faut pas que...   Je me sentais effectivement moche et sale, mais pas pour les vagues raisons invoquées. Tout cela était ridicule. Je me dégageai vivement de lui et me tournai pour sortir de l'écurie. Michon m'attrapa le bras :   -Mademoiselle, ne partez pas. Je ne sais ce que ce démon vous a fait, mais je sais que vous êtes une personne juste et sincère, jamais vous ne me mentiriez.   Une décharge parcourut mon échine. J'avais honte de moi. Je murmurai :   -Michon...   -Cet être immonde ne m'inspire pas confiance, et j'aurais dû le trucider alors qu'il était encore temps.   -Michon... » ma voix était suppliante, mais trop faible pour l'arrêter.   -Mademoiselle, laissez-moi laver votre honneur dans son sang. Laissez-moi régler son compte à ce vil manant, et racheter votre vertu auprès de Dieu. Dussé-je y mourir. Mais ma cause est juste, et Dieu sera avec moi.   -Michon...   Je baissai les yeux, honteuse. Les larmes s'étaient de nouveau remises à couler. J'étais parvenue à mes fins sans trop savoir comment.   -Mademoiselle, accordez-moi le droit de provoquer le sieur Bono en duel pour racheter votre honneur.   J'avais menti.   -Michon...   J'étais souillée.   -Mademoiselle, dites-moi oui.   Impure.   -Oui.   Il me reprit dans ses bras réconfortants, calant sa tête sur la mienne :   -Mademoiselle, j'ai foi en Dieu et en vous, tout se passera bien, je vous le promets.   Je pleurai maintenant à brides abattues.     Nous restâmes ainsi enlacés pendant une durée indéterminée, le temps de retrouver mon calme, mes esprits, et d'assimiler le fait que je venais de condamner un homme à mort.   Le cheval alezan passa sa tête au-dessus de la paroi du boxe et vint frotter son museau contre ma joue. Je sursautai d'un petit cri, puis ris du fait des frottements des poils contre ma peau ultra-sensible vu mon état de tension actuel.   -Philomène est jalouse de vous et aimerait que je termine ce que j'ai commencée. Attendez-moi dans la cour, avant que nous...   Il laissa la phrase en suspens, penaud, ne sachant trop ce qu'il fallait faire par la suite.   -Nous irons demander à Grande-Tante où pouvoir trouver le sieur Bono, pour...   Je tressaillis intérieurement.   -Oui, pour que je le provoque en duel.   Il reprit son grattoir et se tourna vers le cheval. J'attendis dans la cour qu'il termine, fixant les nuages qui s'écoulaient paisiblement dans le ciel de cette fin d'après-midi mouvementée. Qu'ils devaient être tranquilles et sereins, loin de l'agitation grouillante du sol et des hommes. Grande-Tante me tira de mes rêveries :   -Mon enfaaant...   Michon sortit au même moment de l'écurie, frottant ses mains sur son haut.   -Madame Le Teiller.   -Michooon...   -Anne m'a tout raconté.   -C'est terriiible, n'est-ce pas ?   -Que ne saurais-je vous le dire ! Cela la mise dans un tel désarroi...   -Ouiii ?   -Son honneur et sa réputation ont été si touchés... Je me suis senti dans l'obligation de lui demander de m'accorder le droit de laver son honneur dans un duel à mort avec le sieur Bono.   -Oooh ! » Grande-Tante mit sa main devant sa bouche, grandement étonnée. « Mon garçon, que voilà un geste chevalereeesque. Mais avez-vous conscience du dangeeer ? Êtes-vous bien sûr de vouuus ?   -Oui, Madame, je suis convaincu de la nécessité de l'acte. Et j'ai dû arracher son accord à Anne. Pour qui passerai-je si je devais finalement me défiler ?   Grande-Tante se rapprocha de Michon, posant délicatement sa main sur son avant-bras.   -Mon garçooon, je reconnais là la bravoure qui accompagne les juuustes, mais je ne peux que vous conseiller de prendre le temps de réfléchiiir, sérieusement et à tête reposée, à ce que vous proposeeez. Je ne veux pas que vous vous sentiez notre obligééé, de sorte à vous lancer dans un acte si dangereuuux. L'affront subit par Anne est terrible, mais la sentence d'un duel à mort peut l'être d'autant pluuus !   -Madame, l'affront fait à Anne peut la condamner devant le tribunal de Dieu, et il faut absolument racheter son honneur de son vivant. La cause est juste, et ma main sera guidée par Dieu. Je n'échouerai pas.   Grande-Tante prit les deux mains de Michon dans les siennes :   -Mon enfaant, je suis admirative de votre courage et de votre dévotiooon. Avec Dieu à vos côtééés, l'affaire est entre de bonnes maiiins. Je confiance en vous, vous réussireeez.   -Je vous remercie, Madame. Maintenant, sauriez-vous nous indiquer où pouvoir trouver ce triste sire ?   -A cette heure de la journééée, peut-être pourriez-vous le trouvez à la Taverne du Rince-Cochooon, dans la rue de Sorbeaune, un peu plus au sud-eeest. C'est un établissement respectaaable, mais ne vous y rendez pas richement vêtus, sait-on jamaaais. Vous pourrez demander le chemin dans la ruuue, la taverne est connue de la populaaace.   Alors que nous nous dirigions vers l'intérieur de la maison, Grande-Tante reprit :   -Mes enfaaants, revenez me voir dès que vous serez rentrééé, il faudra sûrement préparer la chose sérieusemeeent !   Après nous être changés et un parcours confus d’une vingtaine de minutes dans les rues très fréquentés de la capitale, nous finîmes par tomber sur l'établissement. Les rayons du soleil étaient maintenant cachés derrière les murailles de bâtiments qui bordaient les rues. Un panneau représentant un cochon tenant une choppe en bois à la patte grinçait au bout de deux chaînes juste au-dessus de l'entrée. D'où entraient et sortaient du monde. L'ambiance, à l'intérieur, semblait animée. Après un dernier regard hésitant, nous nous décidâmes à rentrer.   L'intérieur était large, profond mais bas de plafond. Six rangées de plusieurs tables de huit personnes s'allongeaient jusqu'au fond de la pièce. Un escalier, sur la gauche, semblait mener à un étage également ouvert à la clientèle, des gens montant et descendant, une choppe à la main. Un comptoir et des fûts en bois parcourraient tout le flanc droit de la pièce. Les trous dans les bancs des tables étaient rares. Le mélange de conversations, rires, braillements et engueulades formait un vacarme assourdissant. La lumière oscillante due à la faible luminosité du soleil et aux bougies déjà allumées formait un thème fantasmagorique et oppressant. La chaleur de fin de journée était accentuée par le nombre de personnes présentes dans l’établissement.   Étant donné l'éclairage, il était difficile de distinguer les gens de loin. Nous commençâmes à nous déplacer entre les rangs, à la recherche de Jean Bono. Michon devait de temps en temps imposer son physique pour obliger une personne à se décaler pour nous laisser le passage, ou pour déplacer le corps avachi d'un ivrogne endormi. Je sentis plusieurs mains glisser sur mes jambes et tâter mes fesses. J'essayai de faire abstraction. Après tout, était-ce si différent de chez madame la marquise de Drouot ?   Alors que nous atteignions le fond de la pièce après avoir traversé la trouée entre la deuxième et la troisième rangée de tables, une voix enjouée et connue atteint difficilement mes oreilles :   -Mais je vous reconnais, bellissima donna. Qui eut cru que nous nous reverrions de sitôt !   Le sieur Bono, assis de l'autre côté de la table, qui tendait sa choppe pour me saluer.   -Vous languissiez-vous tellement de moi, que vous...   Sa voix s'éteignit quand il remarqua Michon, qui venait de se retourner, à côté de moi. L'ensemble de la tablée s'était tournée dans notre direction, nous jaugeant plus ou moins sérieusement selon l'état d'ébriété.   -Savez-vous, ma chère, que le Rince-Cochon est un endroit respectable et qu'il n'est pas nécessaire de venir avec un gorille comme garde-de-corps.   Un ricanement sec parcourut la tablée.   -Monsieur...   Michon me coupa :   -Monsieur, si l'établissement est si respectable, je ne comprends point qu'un adorateur de Satan tel que vous y soyez admis.   Un « oh » parcourut la tablée.   -Un adorateur de Satan, plait-il ? Ce singe sait donc parler, mais comprend-il ce qu'il dit ? Je vous trouve une fois de plus bien impétueux, jeune homme, pour venir ici me lancer cela à la face.   -Vous osez souiller, que dis-je, profaner l'honneur de la demoiselle ici présente dans des actes que la morale chrétienne réprouve au plus haut point, et vous osez être surpris que l'on vienne vous chercher réclamation ?   Un « ouh » parcourut la tablée. J’attrapai la main de Michon.   -Continuez, mon jeune ami, vous m’intéressez, répondit Jean Bono en portant sa choppe à la bouche.   -Monsieur Bono, je vous convoque en duel à mort afin de racheter l'honneur souillé de mademoiselle Anne de Pont de Sainte-Croix !   Jean Bono explosa de rire, aspergeant de vin les trois personnes attablées en face de lui, Michon et moi-même. Je sentis la crispation de fureur de la main de Michon dans la mienne :   -Ahahahahahah ! Fantastico, mon garçon ! A défaut de gant jeté au visage, considérez mon jus de raisin comme l'acceptation du duel à mort.   Il me gratifia d'un beau sourire :   -Je reconnais là la main subtile de notre chère Marguerite, n'est-il pas, mon enfant.   Je détournai les yeux, honteuse. Heureusement, Michon ne se rendit compte de rien.   -Monsieur, cessez de dire des énormités !   -Soit. Maintenant, en tant qu'offensé, et comme le veut la coutume, à moi de choisir la date, le lieu et l'arme.   Il se gratta le menton, songeur. Je sentis le cœur de Michon battre la chamade dans ma main. A moins que ce ne fut le mien ?   -Oui, cela me semble une bonne idée. Rendez-vous le surlendemain, sur les coups de huit heures du matin, à la cour des miracles de la rue du Bacq. Le duel se fera au pistolet, chacun devant amener sa propre arme. Faites en sorte qu'elle soit fonctionnelle, mon jeune ami !   -Je vous attendrais le surlendemain, à huit heures, pour vous trouer la peau au pistolet, monsieur !   Un « ah » parcourut la tablée.   -Et veuillez amener deux témoins, dont un doit déjà être précisé en ce jour. Je serais, pour ma part, accompagné d'un ami médecin. Une profession toujours enviable dans ce genre de circonstance !   Il nous regarda d'un sourire satisfait. Michon ouvrit la bouche, et la referma de sitôt.   -Avez-vous perdu votre langue, mon jeune ami.   La poigne de Michon resserra ma main. Je m'avançai légèrement :   -Je serais une de ses deux témoins.   Jean Bono se tourna vers moi :   -C'est bien courageux de votre part, mademoiselle, mais savez-vous que ce duel aboutira à la mort de votre ami ici présent ?   La main de Michon me serra encore plus. Je ne le savais malheureusement que trop bien.   -Ce n'est pas un spectacle pour les gentes demoiselles, savez-vous ?   Il me fit son clin d’œil charmeur.   -Étant personnellement impliquée dans ce duel, il serait malvenu que je n'y participe pas en tant que témoin.   Jean Bono leva sa choppe :   -Bien parlé, belle demoiselle !   Je serrai ma main dans celle de Michon.   -Et pour acter ces belles paroles, j'offre ma tournée !   Un « ouai » parcourut la tablée. Jean Bono, galvanisé, apostropha Michon :   -Mon jeune ami, souhaiteriez-vous vous joindre à nous pour votre dernière choppe de vin ?   Je tirai Michon vers moi et la sortie de la taverne, sentant sa colère sur le point d'exploser.   Avant qu'il ne soit hors de portée de voix, Jean Bono nous cria :   -Surlendemain, huit heures, cour des miracles rue du Bacq, pistolet ! Faites de beaux rêves mes enfants !   Des rires gras. Beaucoup de bruit. Une chaleur suffocante. Le décor qui tourne. Émergeant hors de la taverne, poussée par Michon qui m'avait rattrapé, je repris quelque peu mes esprits, l'air frais du début de soirée sur mon visage. Je venais néanmoins de condamner un être humain à mort.

Chapitre 6 :
Duel d'honneur

de l'histoire
Le Grand Bal du Roi
par Wargen

Michon termine de m'harnacher d'une armure de plate.   -Princesse, je sais bien que cela ne vous fera pas changer d'avis, mais je me permets de vous rappeler que ce n'est pas une bonne idée. Et... si je ne suis qu'un parmi d'autres, sachez que je tiens grandement à vous.   -Mon grand Michon, tu n'es peut-être qu'un parmi d'autres, mais tu es le premier et je tiens à toi.   Je lui fais baisser la tête et l'embrasse.   -Maintenant, tu as raison. Ma décision est prise et je ne la changerai pas.   Michon soupire :   -Je vous souhaite bonne chance, princesse.   -Je te remercie. Je prie les dieux que tout se passe bien.   Je récite une petite prière dans ma tête à l'attention de la Déesse de la nature. Michon relève mes cheveux et glisse le heaume sur ma tête. Ma vision se rétrécie grandement. Il m'aide à monter sur le puissant cheval d'emprunt, me met les pieds dans les étriers et, une fois installée, m'équipe de l'écu et d'une lance.   J'effectue quelques pas et mouvements pour apprendre à manipuler ce cheval que je ne connais pas. La clameur au loin se fait plus forte. L'adrénaline commence à envahir mon cerveau. J'ai des fourmillements dans les jambes. Alors, prenant mon courage à deux mains, je dirige mon animal vers le lieu du tournoi, Michon me suivant en retrait, à pieds, en portant plusieurs lances de rechange.   Le champ s'ouvre à moi, laissant apparaître la piste, la lice et les grands gradins en bois qui entourent la zone. La foule est dense. Sept cavaliers sont déjà alignés devant la tribune royale, Père ayant commencé son discours. Il s'arrête en me voyant avancer lentement vers les autres chevaliers. L'ensemble de la foule tourne son regard dans ma direction. Je me sens petite, mais mon armure ne laisse rien transparaître. Père lève les mains et fait taire la sourde clameur qui bruissait dans les gradins :   -Allons donc, un nouveau compétiteur fait son entrée ! Même si le Tournoi de la Majorité concerne  les bacheliers pour leur dix-huitième année, il est ouvert à qui le désire et a les moyens d'y participer, qu'il soit de noble descendance ou non. Toi, le nouveau venu, désires-tu participer au Tournoi de la Majorité ?   Je pense au plus profond de moi que je coche toutes les cases pour y participer. A part, peut-être, celui de ne pas être un homme. Je montre mon poing ganté et cogne ma poitrine en signe d'acquiescement. Des vivats roulent des tribunes. Père reprend :   -Toi, le mystérieux nouveau venu, tu tombes à pic. Nous allons donc organiser le tournoi par phase d'éliminations successives. Mais avant que je ne donne les consignes, te présenteras-tu à nous ?   Après quelques secondes de tension, mon heaume fait le signe de la dénégation. Père sourit et reprend la parole de sorte à ce que l'ensemble de la foule l'entende :   -Ainsi donc, tu souhaites garder l'anonymat jusqu'à ta défaite... ou ta victoire. Qu'il en soit ainsi. Mes chers concitoyens, nous accueillons donc en grande fête, en cette année, pour le Tournoi de la Majorité : le grand Miso, fils de mon cher primo-conseiller ; le fier Jacques, fil du duc de Belige et Ran ;  Barnabé le Gros, fils du duc de Labat ; Henri, fils du vicomte d'Issy ; Gontrand, fils du comte de Sourl ; le jeune Arnaldur, prélat du grand-prêtre du Dieux de la guerre et de la mort ; Helmund, le fils de l'ambassadeur Thor de notre cher royaume voisin du Vallala ; et notre mystérieux nouvel arrivant.   Il explique à l'ensemble des chevaliers et de la foule le fonctionnement du tournoi et forme les premiers duels. Je me retrouve contre Henri, fils du vicomte d'Issy.   Avant le début du premier tour, certains chevaliers se rendent auprès de leur dulcinée qui accroche un long morceau de tissu sur leur heaume. Miso se rend auprès d'Aliénor, la jolie fille du duc de Lieudit. Je me dirige vers la place vide auprès de Père et Mère, et pointe ma lance en direction du drap brodé de deux ours noirs adossés sur fond or qui représente mes armoiries. Boucle-d'Or jaillit en rigolant de son siège, descend les marches et vient accrocher un ruban or à ma lance. Père se lève et rejoint ma petite sœur adoptive :   -Je vois que tu as de grandes ambitions, mystérieux chevalier. Je suis désolé que ma grande fille n'ait pu se joindre à nous pour ce tournoi, mais je lui ferais personnellement passer le message qu'elle eut pu avoir un vaillant prétendant si elle avait daigné se joindre à nous. J'espère que le sourire attendrissant de sa jeune sœur pourra compenser et te donner le courage pour les passes à venir. Maintenant va, et que les Dieux puissent être avec toi.   Je relève la lance, cogne ma poitrine et dirige mon cheval vers la piste.   Miso défait difficilement Helmund, Arnaldur bat rapidement Gontrand et, contre toute attente, Barnabé le Gros tombe le fier Jacques. A notre tour. J'élance mon cheval au galop, pointe le cœur d'Henri avec la lance. Au moment de l'impact, je dévie sa lance d'un coup de bouclier, tandis que la mienne vient se fracasser sur la poitrine du jeune homme qui se désarçonne et vole en arrière. La foule exulte.   Second tour, Miso se voit défier Arnaldur, tandis que je me retrouve contre Barnabé le Gros. Alors que je m'approche de la tribune royale, ma petite sœur adoptive courre accrocher un nouveau ruban à ma lance. Elle tape dans ses mains et m'affiche un visage radieux. Je souris sous mon casque.   Dans une lutte à quatre passes, Miso défait difficilement Arnaldur et se retrouve en finale. Bien qu'il soit massif et donc plus facile à toucher, Barnabé le Gros me semble également plus lourd et donc peut-être difficile à bouger. Alors que je lance mon cheval, l'idée d'essayer de le désarçonner me semble mauvaise. Il me faudra plutôt... Je n'ai pas le temps de finir mes pensées que nous nous rencontrons déjà, et dans un mouvement similaire, nos écus dévient nos lances, qui touchent dans le vide. Le cheval arrive au bout de la piste et je le fais se retourner prestement. J'attaque ma nouvelle course d'élan au plus vite, voyant que Barnabé a du mal à faire tourner son animal. Il attaque à peine sa course d'élan que j'arrive déjà pleinement lancée sur lui. Nos lances touchent au but et je dois serrer les rênes à pleine main pour ne pas basculer en arrière. Barnabé ne bouge pas d'un pouce sur sa monture. Mais ma lance s'est complètement fracassée sur lui, tandis que seule l'extrémité de la sienne a volée en éclat. Je suis donc déclarée vainqueur du duel.   Je retourne à la tribune royale et Boucle-d'Or revient accrocher un ruban à ma nouvelle lance. Elle me lance, toute excitée et joyeuse :   -Ça a tout cassé !   Mère qui s'était approchée, ébouriffe les cheveux de ma sœur adoptive :   -A ton avis, ma chérie, est-ce que le mystérieux chevalier va encore casser toute sa lance sur le grand Miso, ou va-t-il tomber sur plus fort que lui cette fois-ci ?   Elle me regarde, songeuse :   -Faites attention à Miso. Il est plus coriace que vos deux premiers concurrents.   Je la remercie d'un hochement de tête, puis me redirige, sous la clameur, vers le début de la piste. Je croise Miso, qui venait de se faire raccrocher un ruban à la lance par Aliénor :   -Alors, l'inconnu, prêt à mordre la poussière ? Tu as perdu ta langue lors du choc contre Barnabé le Gros ? Je m'en vais te faire perdre bien plus que cela, tu vas voir !   Il continue sa route en se gaussant. Je me contiens et tente de ne pas ouvrir la bouche pour trahir mon identité.   Arrivée en bout de piste, au signal de Père, je lance ma monture en avant, imité par Miso en face de moi. Le moment de l'impact se rapproche, et je vise avec ma lance. Miso ralentit très soudainement sa monture, et la pulsion de ma lance pointée en avant ne touche que le vide, avant de glisser sans puissance sur l'armure de Miso. J'ai tout de même le temps de dévier du bouclier la lance de Miso qui ne me touche pas. Arrivée en bout de piste, je fais tourner très rapidement ma monture et attaque de nouveau. Mais au contraire de Barnabé, Miso a également fait voler rapidement sa monture et attaque sa course d'élan. Je tente de me focaliser sur mon adversaire, mais l'armure brillante de Miso reflète le soleil et gêne ma vue. Comme à la première course, Miso ralentit sa monture juste avant le choc. Je fais de même et, légèrement aveugle, donne un coup d'écu qui dégage heureusement sa lance. Il fait de même avec la mienne, et nous arrivons de nouveau en fond de piste sans avoir touché. Nous attaquons la troisième course d'élan. Faisant bouger mon écu, je remarque une tache brillante sur l'armure de Miso. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Quelques mètre avant l'impact, je pivote mon bouclier et guide la tache de lumière dans la fente du heaume de Miso. Je le vois se redresser sur sa monture, surpris, et appuie de toute mes forces des talons dans les flancs de mon cheval qui donne brusque coup d'accélération. Ma lance vient fracasser la poitrine d'un Miso décontenancé, qui vient s'écraser par terre quelques mètres plus loin sous la force de l'impact.   La foule est en délire, mais le son résonne en sourdine dans mon casque. Je stoppe le galop, retourne ma bête et me rapproche au pas de Miso au sol. Il a enlevé son casque et se tient la tête entre les mains. Michon me rejoint, m'aide à descendre de mon destrier, attrape mon bouclier et ma lance brisée, et s’éclipse. Miso relève le visage larmoyant dans ma direction :   -C'était mon jour de gloire. Enfin ! J'avais tout préparé pour. Et même cela, vous me l'enlevez. Je n'en peux plus, ma Reine. Je me rends. J'abandonne. Je déclare forfait.   -Je ne suis pas encore Reine. Si tant est que je le sois un jour. Comment m'avez-vous percé ?   -Voyons, je suis jeune, je suis beau, je suis talentueux et excelle en tout. Sauf qu'il y a toujours une personne pour faire mieux que moi. Et dans toutes les grandes actions que j'entreprenne, il y a toujours une personne pour les faire s'échouer. Et dans les deux cas, cette personne, c'est vous, ma Reine. Je me fiche que vous ne le soyez pas encore. Vous l'êtes déjà, pour moi. J'ai grandi entouré de parents qui vous en veulent et m'ont inculqué une haine à votre encontre. Petit, j'ai trouvé cela rigolo et ai pris le pli. Je n'ai jamais cherché à comprendre et savoir d'où ce ressentiment pouvait venir, il était là, et cela suffisait à mon père et ses proches. Mais maintenant, il faut que j'ouvre les yeux : tout cela est inutile, bête et bas. Vous êtes une Reine courageuse, guerrière, intelligente, subtile et avez toujours dû lutter ardemment et avec succès contre des pouvoirs qui ne voulaient pas de vous. Vous avez toujours réussis à vous imposer quand tout se liguait contre vous. Vous jouissez même d'un physique agréable dont je ne suis pas indifférent, même si je sais que je pars de trop loin dans votre estime pour arriver à mes fins. Non, tout ce ressentiment et cette haine sont mesquins et stupide, et il faut bien se rendre à l'évidence que vous serez une Reine compétente, glorieuse, admirée et juste. Le fait que vous soyez une femme n'est pas un facteur limitant, vous le prouvez à longueur de journées. Mon père se trompe à votre sujet et s'aveugle dans ses idées conservatrices.   Je lui tends la main et le relève. Il me toise de toute sa hauteur, équivalente à celle de Michon :   -Ma Reine, sachez que je vous serais à partir de maintenant loyal et tenterais de vous servir du mieux que je peux. Je dois bien admettre que je vous jalouse, mais cette jalousie vient du fait que vous vous surpassez tous les jours pour prouver que vous êtes à même de devenir ce que vous êtes destinée à devenir : une Reine devant diriger un royaume contre vents et marées. Je vous jalouse également pour m'avoir enlevé la gloire de cette journée, mais votre victoire est méritée.   -Je ne pense pas que votre défaite en ce jour ne changera les sentiments qu'Aliénor vous porte, si cela peut vous rassurer.   -Je n'ai pas de soucis à ce sujet. » Il me sourit « Au moins puis-je également me rassurer en me rappelant que je ne porte pas votre prénom, que je trouve toujours aussi moche et peu seyant. J'espère que vous le ferez changer en accédant au trône !   Il me regarde quelques secondes, pensif, puis se détourne et se dirige vers son cheval qui était revenu doucement dans notre direction. Je me rends compte que la foule joyeuse scande des hourras pour le chevalier mystérieux. Père est en train de se diriger vers moi. J'enlève alors mon heaume, mes cheveux se libérant et retombant sur mes épaules. Un moment de stupeur gagne la foule et Père s'arrête, éberlué. Puis le délire reprend de plus en plus fort au nom de « Princesse Fefo ! Vive la princesse ! ». Père accoure et me prend dans ses bras en rigolant. Le primo-conseiller, les ducs et les grand-prêtres présents quittent les tribunes des visages mauvais.       Mes doigts glissent sur les cordes de la harpe. Le jeune barde chante, les yeux fermés, complètement absorbé dans sa prestation. Sa voix d'ange est pure et me donne chaud. Boucle-d'Or, assise contre le mur, écoute avec attention, séduite pas ce qu'elle entend. Le barde est jeune, il est beau, il est compétent, il n'est pas réceptif aux signaux que je lui envoie. Cela fait plusieurs mois qu'il est arrivé à la capitale, et il s'est intégré rapidement au château pour prodiguer ses services. Il est multi-instrumentiste, chanteur, compositeur, poète. Il me donne des cours de harpe, et des cours de diction à Boucle-d'Or qui retrouve petit-à-petit un usage structuré de la parole après avoir passé une période inconnue en pleine nature sauvage. Et ce soir, j'arriverai à mes fins, quoiqu'il en...   La porte s'ouvre et Père entre dans la chambre. Surprise, je pince une corde d'une mauvaise manière, provoquant un son désagréable. Le barde s'arrête de chanter. Boucle-d'Or fait une grimace. Père semble soucieux :   -Je m'excuse de vous déranger, mais une situation d'urgence requiert ma grande fille. Fefo, vient avec moi.   -Oui, Père.   Je le suis jusqu'à la salle du conseil où ce dernier est entièrement réuni. Une fois installés, le primo-conseiller Gin prend la parole :   -Mon Roi, comme vous le savez, votre fille unique, la princesse Fefo, est rentrée dans sa dix-huitième année. Et elle n'a toujours pas pris époux. Cette situation est inédite, mais j'ai consulté les textes et ils avaient parés à cette situation. Dans un pareil cas, la princesse célibataire doit rendre visite aux cours des royaumes voisins pour se présenter et envisager un contrat de mariage avec un prince voisin si une situation intéressante se présente. Cette décision est importante, c'est pourquoi je me suis permis de réunir le conseil élargi pour statuer sur ce qui doit être fait vis-à-vis des textes.   Un tour de table est réalisé. Chacun donne son avis. Comme un piège qui se referme sur moi, bien évidemment, l'ensemble de conseil valide la proposition du primo-conseiller. La décision finale revient cependant à Père :   -J'ai entendu tous vos avis éclairés et vos recommandations, et vous remercie. Je pense comme vous qu'il est bon que ma chère fille se rende en voyage de présentation dans les cours des royaumes voisins. Nos relations diplomatiques se sont légèrement distendues ces derniers temps, et cela permettra de redonner un élan à l'ère d'ouverture et de paix que je compte poursuivre avec l'ensemble de nos voisins. Cela dit, je considère ma fille comme suffisamment intelligente et censée pour choisir son futur époux par elle-même. Si je serais le plus comblé des hommes lorsqu'elle me présentera son futur mari, je ne lui imposerais aucun mariage forcé, et n'attendrais pas forcément de ce voyage diplomatique qu'il s'achève par une lettre d'engagement pour une union de ma fille avec un prince ou un roi étranger. Ma chère fille, il faudra que tu œuvres dans les prochains jours à la préparation de ce voyage et de la suite qui t'accompagneras. Je me chargerais, avec le conseil, de dresser ton parcours, afin que cette question pratique ne te perturbe pas. Nous ferons partir des diplomates dans les royaumes voisins pour annoncer ta venue. Messieurs, ma fille, je vous remercie pour cette réunion exceptionnelle et vous libère pour cette soirée maintenant bien entamée.       -Es-tu sûre de ne pas vouloir venir, Tata Yoyo ?   -A mon âge, pour un si long chemin ? Voyons, mon enfant, ce n'est pas raisonnable.   -Mais, je... c'est...   La vieille femme me regarde en souriant.   -Ne t'en fais pas, ma chère Fefo. Je vais faire une lettre de recommandation auprès de la grande-prêtresse de la Déesse de la nature pour qu'elle mette à ton service la jeune Diane, une apprentie prêtresse belle comme la lune et formée aux arcanes de mon savoir. Elle n'a pas autant d'expérience que moi, mais elle est prometteuse, et je sais que vous vous entendrez bien.   Elle me glisse un sourire malicieux :   -Et ça évitera que tu emportes tout ce tas de potions avec toi, il t'encombrera plus qu'autre chose. D'ailleurs... n'es-tu pas un peu ambitieuse vu tout ce que tu comptais emporter comme philtres, charmes et autre potions miraculeuses ?   Je rougis bêtement.       Les au-revoir sont émouvants et je quitte mes parents et Boucle-d'Or à regrets pour ma plus longue période hors du royaume. Je rejoins la petite troupe des sept compagnons qui ont acceptés de me suivre dans ce périple. Sept jeunes gens d'âge similaire, dans la force de leur jeunesse insouciante et pleine d'envie de dévorer le monde. Le grand et puissant Michon, mon premier et plus fidèle compagnon, lié à tout jamais à moi par les plaisirs de la chair. Le grand, beau et courageux Miso, devenu un compagnon fiable et fidèle. Le gracieux barde Basile, dont le pouvoir de la langue et des mots saura nous faire comprendre dans les contrées lointaines, et dont je ne désespère pas de pourvoir le faire entrer une nuit dans ma couche. La frêle, douce et diaphane Diane dont la connaissance de la nature me permettra de remplacer les potions miraculeuses de Tata Yoyo. L'imposant Arnaldur, dont seule la grande toge blanche recouvrant la cotte de maille laisse entendre qu'il est un homme de foi et non un puissant et sauvage guerrier. Abbath, fils du marchand James Lecapital, nous apportant une connaissance des langues étrangères et un pouvoir de négociation bienvenu. Et en représentant de la noblesse du royaume, Barnabé le Gros, aîné du duc de Labat, seul duc à ne pas s'opposer à moi.       Douze mois. Douze longs mois riches en aventures et expériences. Nous avions traversé maints royaumes, proches puis plus distants. Le boisé royaume de Vallala, le froid et montagneux royaume d'Aglagla, l'empire fédéral des états Mauraves, l'immensité désertique du royaume de la Douce Éternité, les steppes infinies de la Grande Horde d'Or, l'empire lointain et mystérieux du Soleil levant, l'humide et étouffant royaume M'rnc...   L'ambiance dans la troupe resta joyeuse, festive et amicale. Petit à petit, tout le monde passa dans ma couche. Je pus récompenser Miso de son allégeance, goutter à la puissance d'Arnaldur, découvrir la sensibilité privée de Barnabé le Gros, chercher refuge dans les bras réconfortants de Michon, me laisser entraîner aux ébats de même sexe avec la douce Diane, et venir à bout du méfiant et calculateur Abbath. Seul Basile, dont je soupçonnais maintenant un attrait unique pour les hommes, me résista tout du long, et ce malgré les philtres d'amour dont je noyais ses boissons.   Ce voyage fut l'occasion pour tout le groupe de mettre à l'épreuve ses compétences, faire face à la nouveauté bienvenue, et revenir plein de souvenirs physiques ou intangibles. Par son sens de la diplomatie et des langues, Basile permit de nous ouvrir toutes les portes et faire en sorte que notre accueil se passe du mieux possible partout où nous mettions les pieds. Abbath put démontrer son sens de la négociation et du consensus en évitant un incident diplomatique avec le seigneur de guerre de la Grande Horde d'Or, qui prit une remarque de ma part comme une validation de sa volonté de me prendre pour femme et allait m'enlever pour la grande chevauchée nocturne, rite nuptial local. Arnaldur prouva mainte fois sa valeur au combat en triomphant, dans le sang et avec son marteau de guerre, de bandits ou de gardes de seigneurs locaux malavisés ; il put s'initier aux rites spirituels d'un ordre local de moines-guerriers de l'empire Turcoïde, qui atteignent les Dieux en tournant sur eux dans des rotations sauvages et infinies. Barnabé le Gros, qui s'avérait être un cuisinier hors-pair, revint la tête pleine de nouvelles saveurs et recettes, et les bagages remplis de nouveaux ingrédients appétissants. Miso tomba en pamoison devant la sublime princesse du royaume du Bacharâ et oublia totalement Aliénor, pris d'un sentiment de nostalgie prononcé dès notre départ du royaume de sa nouvelle bien-aimée. Michon put démontrer ses talents de forgeron dès lors qu'il en avait l'opportunité, et établir, sous la houlette très intéressée d'Abbath, un contrat de vente d'armes avec le royaume des Deux Cilicies. Diane en profita pour s'ouvrir aux diverses pratiques naturalistes et chamaniques, venant de dogmes ou cultes à des divinités diverses, dont le principal point commun est qu'ils étaient tous tenus par des femmes, quel que soit la civilisation dont nous faisions face.   De mon côté, je ramenais du périple bon nombre de lettres de proposition de mariage ou d'alliance, de courriers  dithyrambiques remis juste avant mon départ dans lesquels de jeunes princes poursuivaient à l'écrit la flamme qu'ils m'avaient déclarés à l'oral lorsque je me trouvais en leur royaume, de parchemins renouvelant la volonté de relations de paix et de prospérité avec notre royaume ou offrant la possibilité d'ouverture de route de commerce. Je dus faire le tri dans l'ensemble des cadeaux qui me furent remis, et n'emportais avec moi que les objets les plus beaux et insolites. Comme ce morceau de roche noire émettant régulièrement des pulsations verdâtres, un « Cœur du Démon » comme l’appela le Roi du royaume tribal du Tchiganiwa en me l'offrant.   Après tant de nouveaux lieux visités, tant de nature diverses et de paysages différents, le retour sur nos terres se déroule comme la découverte d'un nouveau territoire. Nous ne reconnaissons plus les forêts, les lacs, les rivières, les landes que nous traversons, alors que nous les connaissions depuis tout petit. En s'approchant de Thiercelieux, la rumeur se fait plus forte, les paysans nous précèdent et se précipitent à la capitale. Une grande fête est préparée pour notre retour. Et, tels des soldats revenant d'une guerre victorieuse, nous entrons dans la ville sous un tonnerre de vivats et d'acclamations, sous une pluie de pétales de fleurs. Nous remontons lentement les artères principales bondées en direction du château, gouttant à ce sentiment de symbiose avec un peuple heureux et joyeux. Arrivée dans la grande cours principale du château, je mets pied à terre et entend ce rire qui me fait si chaud au cœur. Me retournant, je réceptionne Boucle-d'Or et la soulève dans mes bras en tournant. Elle rit, radieuse :   -Fefo, enfin ! Ça fait tellement longtemps !   -Oh oui, Boucle-d'Or, tellement longtemps. Comment vont Père et Mère ?   -Ils arrivent, ils arrivent ! Tu vas voir !   La tenant toujours dans mes bras, reniflant ses longues boucles dorées, je les vois apparaître au pas de la grande porte. Et mon regard se fige. Père me regarde en souriant. Il semble avoir fortement vieilli en une seule année. Il éternue, crachant des glaires ensanglantées. Mère se dévoile lentement derrière lui, un sourire mélancolique aux lèvres. Son ventre pointé et tendu laissant clairement apparaître qu'elle est enceinte et que l'accouchement ne devrait pas trop tarder.       Abattue, confuse, je regarde la porte fermée devant moi. Un coup d’œil par la fenêtre me laisse apercevoir une petite pièce sombre et complètement vide. Envolées les étagères de fioles. Partis les divers objets insolites. Disparues les plantes et racines séchées pendant du plafond. Je reste interdite pendant une durée que je ne maîtrise plus. Des larmes coulent sur mes joues.   Une main ridée se pose sur mon épaule. Une vieille voix nasillarde à mes oreilles :   -Je suis désolé que tu l'apprennes de cette manière, mon enfant.   Je me tourne et fais face à trois femmes. Deux vieilles et plus ou moins rabougries, me rappelant Tata Yoyo. Une plus grande et d'âge moyen, possédant déjà le regard malicieux de Tata Yoyo et de ces deux vieilles acolytes. La plus vieille des trois reprend la parole :   -Tata Yoyo est morte peu de temps après ton départ. Une perte regrettable pour la communauté. Et soudaine, trop soudaine. Elle nous a longuement parlé de toi. Nous expliquant que tu avais du potentiel.   Elle pose une main réconfortante sur mon bras. Je cache mon visage en larmes dans son épaule :   -Nous savons ce que tu es venues chercher ici. En plus de revoir Tata Yoyo après tant d'absence. Malheureusement pour toi, il est trop tard, et nous ne pouvons plus rien faire pour empêcher l'enfant à naître. Un coquin de sort s'est joué de toi, et il y a des frontières que notre communauté ne peut franchir. Mais nous serons toujours là pour toi. Lors de la prochaine pleine lune, Margaret ici présente viendra te chercher, et nous t'initierons pour que tu intègres notre communauté. Voilà la moindre des choses que nous pouvons te donner en ces temps difficiles pour toi.       Père se tient sur le balcon, surplombant toute la foule en délire. Il pleure à chaudes larmes, mais tient à ne pas sacrifier à la coutume. Mère est morte pendant un accouchement trop long et épuisant. Comme si elle avait tenu à aller jusqu'au bout de son rôle, quel qu’en soit les conséquences malgré son âge avancé. Le petit bout qui pendouille entre les jambes du nouveau-né porté à bout de bras au-dessus du vide et d'un peuple en fête par un vieil homme en proie à des sentiments contraires extrêmes ne laisse pas de place au doute : c'est un garçon.

Chapitre 20 :
Princesse Fefo-part 3

de l'histoire
Lune sanglante
par Wargen
Fantasy Chaperon Rouge Conte

Je plaque ma main gauche sur la bouche d'Herta et sens ses lèvres bouger sous ma main moite. Je tiens fermement le couteau de ma main droite. Pas être si ferme que ça, vu comment la lame tremblote sur le ventre dénudé d'Herta. Un nouveau hurlement sauvage retentit soudain. Je sursaute, écorchant légèrement le ventre devant moi. -Aïe ! -Désolé, le cri m'a fait peur. -Grouille toi ! Je tente de me concentrer, malgré le grondement qui reprend au loin. Comme un sanglier chargeant à travers des broussailles épaisses. Le bruit vient de tellement loin... ou tellement proche ? On le croirait venir de la droite, puis l'instant d'après, la charge viendrait de la gauche. Ou de derrière. Je tente de maîtriser la lame. Herta ferme les yeux. Le chaperon rouge, derrière Herta, me susurre que je vais y arriver, un sourire confiant aux lèvres. A mes lèvres ? J'entends Herta inspirer et expirer longuement. -Vas-y, dit calmement Herta. -Vas-y, glisse le chaperon rouge. Je prends alors une grande inspiration. Et veux appuyer sur le couteau. Mais la vision du ventre de Michon explosant à ma figure me tétanise. Je lâche un petit cri strident et le couteau en frissonnant. -Je ne peux pas ! Le bruit terrifiant se rapproche dangereusement. -Si, tu l'peux, me hurle Herta. -Je sais que tu le peux, me glisse en confiance le chaperon rouge. -Non. J'ai l'image de Michon qui reste gravée dans ma mémoire. C'est trop affreux ! -D't'façon... laisse en suspens ma compagne. Un silence s'installe. Je ne sais combien de temps il dure. Avec la pénombre ambiante, je n'arrive pas à déchiffrer le regard qu'Herta me lance. Est-ce de la compréhension ? Du mépris ? Ou est-elle seulement absorbée par le bruit de fond, qui ressemble maintenant à une cavalcade se rapprochant. Ce qui est le plus probable. Elle tourne la tête autour d'elle, comme pour essayer de comprendre d'où vient ce bruit de végétaux secoués et fracassés. -Tu devrais lui rendre la rose. La phrase me fait sursauter. Herta n'a rien entendu. Évidemment, puisqu'elle est prononcée par mon sosie. Je la regarde, étonnée. Elle mime le geste. Je ne comprends pas mais lui fait confiance. Je dépose délicatement la rose sur les jambes d'Herta. Celle-ci me bredouille un merci sans réellement s’apercevoir de ce que je viens de lui poser dessus, son regard étant focalisé par la recherche de la provenance du déchaînement de frottements et de craquements qui se rapproche. Levant la tête, je vois le petit chaperon rouge me faire un clin d’œil, remettre sa capuche rouge, puis me dire : -Attention, ça va bientôt se passer. -Qu’est-ce qui… Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase qu’un craquement de branches se fait entendre dans mon dos. Je tourne la tête pour voir ce qui l’a provoqué. Je ne vois qu’une énorme masse mouvante d’un noir infini, comme si toute lumière avait disparu. Et je ressens la caresse d’une brise glaciale glisser sur mon visage. Cela dure à peine un centième de seconde, puis la forêt aux branches et buissons agités réapparaît, noir sur noir, dans mon champ de vision, tandis qu’un long objet dur et gesticulant vient cogner contre mon oreille droite. Une puissante voix se fait alors entendre dans mon dos : -QUI A OSE… Je me tourne rapidement, pour entrapercevoir une énorme masse sombre penchée sur le cadavre de Michon. -…FAIRE CELA ? La forme disparaît aussi soudainement qu’elle était apparue, laissant réapparaître la lisière de la forêt, noir sur noir, et Herta qu’elle cachait. Une nouvelle sensation de brise glaciale sur mon visage, et je me sens violemment bousculée par l’arrière, tombant à quatre pattes. -OU EST ELLE ? La voix est terriblement menaçante. Je relève la tête et vois l’infini et le vide, le noir absolu sans aucune trace de lumière. Je continue de lever la tête. Du noir, encore et toujours. Jusqu’à ce qu'éclate dans cette noirceur deux amandes jaunes fendues d’un trait noir. J’ai à peine le temps de cligner des yeux que le noir est remplacé par la cime des arbres de la forêt. Un nouveau coup m’est porté au visage, comme si quelqu’un me fouettait avec un balai, d’une violence telle qu’il me fait rouler au sol. -TOI ! C’EST TOI ! Je retrouve seulement mes esprits que j’entends le cri de terreur d’Herta. -MAIS, TU ES… Une trace de surprise accompagne la brutalité du message. Je lève la tête et vois une masse sombre, gigantesque. Et les pieds d’Herta qui en dépasse, sur le côté, à au moins 1,5 mètre du sol. Puis la forme sombre disparaît dans un hurlement bestial, accompagné du cri suraigu d’Herta.   La scène a seulement due durer quelques secondes. J’ai l’impression de tomber dans un abîme sans fond. Je dois d’ailleurs littéralement tomber, puisque le petit bout de ciel étoilé que laisse apparaître la petite trouée dans la forêt que forme la petite clairière me saute au visage. Les mouvements de la végétation se calment doucement. Une sensation difficilement descriptible m’envahit. Le silence revient petit à petit. Un vertige immense. Je suis seule.     Ce qui me terrifiait est arrivée. Je veux bouger mais je n'y arrive pas. J’ai l’impression que jamais je n’arriverai à sortir de cet état cataleptique. La vérité m’effraie. Je suis seule. Non, tu n’es pas seule. -Bien sûre que si, je suis seule ! arrive-je tout de même à hurler. -Pourquoi dis-tu cela ? Je suis avec toi. La voix provoque un spasme qui parcourt l’ensemble de mon corps. J’ai l’impression de retrouver une consistance physique. Après quelque seconde, je relève doucement la tête. Les images bougent légèrement. Mais je vois le corps ouvert de Michon et le chaperon rouge derrière. La scène est floue. -Impressionnant, n’est-ce pas ? J'essaye de focaliser mon regard sur mon image. -Que s'est... Je veux me relever, mais une sensation de vertige me fait retomber à terre. -Reste au sol pour recouvrer tous tes esprits et ton corps, tu as subi un violent choc traumatique. Dans la trouée de ciel noir, les étoiles se déplacent doucement en spirale. -Que s'est-il passé ? Le visage du chaperon vient remplacer les étoiles. Les bords de sa capuche ondulent légèrement. -Je crois que quelque chose a enlevé Herta. -Je suis seule, alors. Ma voix tremblote, mes yeux deviennent humides. -Pourquoi dis-tu cela ? Je suis là. Ainsi que le corps de ton ami. Tu vois ? Je te l'avais bien dit que tu n'étais pas seule ! Mais... Je ne comprends pas. Ce qui me regarde en face, en ce moment... ce n'est pas toi ? Non !?! Pourquoi veux-tu que ce soit moi ? A voir son visage, elle n'a pas l'air de m'entendre. Mais alors... qui est-ce ? Demande-lui, si tu veux vraiment savoir ! Un sourire apparaît sur le visage assombri par la capuche du chaperon rouge : -Tu as l'air bien perplexe, ma belle. J'ai l'impression que ma vue s'est enfin fixée. -Mais qui es-tu ? Voilà ce qu'il fallait demander depuis le début ! Oh, toi, tais-toi ! -Qui crois-tu que je sois ? -Moi ? -Ça me va ! Son sourire s'élargit. -Je crois que je suis devenue folle. -Je le crois bien aussi ! Le chaperon rouge me regarde en penchant la tête sur le côté : -Je ne peux que me ranger du côté des plus nombreux. Si vous êtes deux à dire que vous êtes folle, alors je suis d'accord avec vous. -Tout cela n'a ni queue ni tête... Et ne me dit pas ce qui est arrivé à Herta. Je réussis à me relever. Le chaperon rouge trépigne sur place : -Voilà enfin quelque chose qui a du sens. J'ai l'impression qu'une grosse bête a enlevé Herta. Pour la dévorer ? -Oui, mais pourquoi elle ? J'ai l'impression que la bête a tourné autour de moi en cherchant quelque chose, qu'elle a trouvé chez Herta... -La rose ! Le chaperon rouge se frotte les mains : - Vous êtes malines, les filles ! -Tu savais ce qu'il allait se passer ? Tu m'as demandé d'arracher un pétale de la rose et tu m’as dis de la redonner à Herta ! -Tu savais ! -Holà, les filles, du calme. D'ailleurs, à votre place, je me préparerais. -De quoi ? nous exclamons-nous. -A votre place, je m'attacherais à Michon. -Mais pourquoi ? -Vous avez confiance en moi ? -Oui!-Non ! Je ne cherche pas à comprendre, et m’accroupis pour lacer ma chaussure droite à la gauche du cadavre de Michon. A peine ai-je terminé qu'une voix tonitruante se fait entendre : -AINSI, C'ETAIT DONC TOI ! La bête était de retour. Je veux me relever, mais me retrouve projetée dans les airs. Le cadavre de Michon fait contrepoids. -RAH ! Un bruit de coupure, un poids en moins sur ma jambe droite, et je vole. J’atterris le pubis sur quelque chose de dur, pliée en deux, la tête et les jambes retombant dans le vide. Mon visage tape contre une masse dure. Tournant la tête je vois la tête de Michon s'affaler à quelques dizaines de centimètre de mon visage. Une poigne énorme s'abat sur mes fesses, et le monde alentour se met à bouger vite. Trop vite. Je lève la tête. Déjà, la clairière et le chaperon rouge disparaîssent. Tout devient noir, sombre et mouvant. Je n'arrive pas à fixer la végétation. Quelques grognements rauques se font entendre quand mon ravisseur fracasse une branche sur sa route. Tout danse. Des flashs lumineux rouges clignotent. Plus rien ne semble solide. Sauf quand ça lacère mon pantalon. Soudain, une voix mélancolique s'imprime dans mon esprit, faible, intense, faible : -Fais attention à toi... Fais attention à la bête... Je t'aime... Faits attention aux fantômes... Nous nous reverrons... Le mur sombre mouvant tout autour de moi s'éclaircit. Et subitement, comme un rideau qui tombe, une lueur rouge sang. Me tortillant sur l'épaule de mon ravisseur, je vois que la forêt s'éloigne déjà. Et en biais, je vois défiler à toute vitesse le château à l'abandon, son pont-levis délabré, sa grande cour remplie de ronces, la tour principale, le grand escalier en colimaçon, la grande salle éclairée par des bougies, le lit à baldaquin sur lequel je vais m'écraser douloureusement dans une culbute, mon dos venant percuter le rebord du sommier. Et tandis que je m'affaisse, j'entends une porte claquer. Et vois le visage d'Herta apeuré se précipiter sur moi.     -Ça va ? -J’ai mal partout. -Bouge pas, j’te r’mets droite. Malgré ses tremblotements, Herta me déplace délicatement et m’allonge sur le matelas moelleux du lit. La douleur du choc lance dans tout mon dos. Mais le lit qui épouse ma forme est agréable. Et j’ai retrouvé Herta. -Il y est pas allé d’main morte avec toi, me glisse ma compagne. Moi, y m’a déposé douc’ment sur l’lit. Je me redresse difficilement et m’effondre dans les bras d’Herta : -J’ai eu si peur ! Ma voix sanglote. Herta renifle. Elle ressert l’étreinte. -Moi aussi. J’ai cru qu’il allait m’bouffer ! De grosses gouttes s’écrasent sur mon épaule. Herta renifle. Mes yeux sont secs. Tu vois, tu es plus forte qu’Herta ! Oh, ne commence pas, toi ! -Que s’est-il passé ? -C’est la Bête. Elle m’a enl’vé et m’a am’né ici. Ça allait trop vite, j’ai rien compris. J’ai juste senti qu’elle m’r’niflait les fesses d’temps en temps pendant l’trajet. Herta renifle un grand coup. -Et après ? -Elle m’a d’mandé pourquoi qu’j’avais fait ça. J’ai dit qu’j’en savais rien, qu’j’savais pas d’quoi y causait… Quelques secondes de silence. Je relance tout doucement dans : -Que tu avais fait quoi ? -Qu’j’avais… Une porte s’ouvre dans un grand fracas. Nous frissonnons toutes les deux. Herta me chuchote : -Tu l’a vu ? -Non ! Je me tourne rapidement. Une masse bouge derrière la porte. Et la Bête rentre en se courbant pour passer. Elle est si grande ! Elle est énorme ! Un humanoïde de plus de deux mètres de haut, d’une largeur de buste inimaginable, portant une grande veste bleue brillante aux bords dorés, non attachée et tombant aux genoux, et un pantalon noir moulant. Une toison épaisse marron ressort de sa veste ouverte. Ces bras sont épais comme des troncs d’arbres et sont terminés de sorte de pattes de chat comprenant cinq doigts préhensiles, comme des mains d'homme. Ces longues jambes sont plutôt fines comparées au reste, mais arquées comme les pattes arrières d'un quadrupède, découvrant en bas du pantalon des sabots nus. Une longue queue lisse, avec une boule de poils au bout, gigote de part et d'autre. Mais ce qui choque le plus est sa tête. Deux cornes de bouc qui poussent dans une épaisse crinière fauve aérienne qui retombe dans le dos. Des oreilles de biches qui semblent partir de la base des cornes. Un museau de vache noir en guise de nez. Une large bouche cachée dans les poils, d’où ressort tout de même deux grandes canines vers le haut. D'épais sourcils entourant le faciès se rejoignent au menton en formant un bouc. Et deux yeux félins, en amande jaune, avec une pupille verticale noire presque invisible dans cette pièce lumineuse. Elle se précipite sur moi. -TOI, LA DEMI-PORTION ! Une patte énorme m'attrape par la gorge et me soulève comme si je ne pesais rien. Mes jambes gigotent dans le vide. -POURQUOI AS-TU FAIS CA ? Deux griffes sortent des coussinets du pouce et de l'index, m'entaillant le cou. Des gargouillis sortent de ma bouche entrouverte. -Arrêtez ! S'il vous plaît, lâchez-là ! La voix d'Herta est suppliante et chevrotante. La Bête tourne la tête dans sa direction, puis m’envoie valdinguer sur le lit à ses côtés. Elle sort la rose d'une poche invisible, et la tend devant elle. -OU AVEZ-VOUS TOUVE CA ! Nous bredouillons toutes les deux des choses incompréhensibles. -SAVEZ-VOUS CE QUE C'EST ? Herta, baissant la tête, lâche : -La malédiction. Le beau prince transformé, la sorcière nous l'a dit. La Bête s'approche d'Herta, se penche sur elle, lui relève le menton de l'index, ayant préalablement rétracter sa griffe pour le regarder en face. -HUM, MA MIGNONNE, JE VOIS QUE TU EN SAIS, DES CHOSES. SACHE QUE CE BEAU PRINCE, IL EST DEVANT TOI. OU PLUTOT CE QU'IL EN EST DEVENU ! ET QUE VOUS A-T-ELLE DIT D'AUTRE, LA SORCIERE ? Herta déglutit, avant d’enchainer : -Il faut qu'il aime, et soit aimé en retour, avant que le dernier pétale de la rose ne tombe. -JE VOIS QUE TU SAIS TOUT, BEAUTE. ET DONC ? rugit le monstre. Herta est pétrifiée par le regard de la Bête. J'attaque, peu assurée : -Laissez-la tranquille ! La Bête se tourne vers moi. Je descends du lit à reculons, et recule devant l'avancée de la masse énorme. Jusqu'à ce qu'un mur ne vienne percuter mon dos. -AUTANT J'AIME BIEN TA COMPAGNE, AUTANT JE NE T'AIME PAS, DEMI-PORTION. SURTOUT SI TU REDUIS MON ESPERANCE DE VIE EN FAISANT TOMBER SCIEMMENT LES PETALES ! POURQUOI AS-TU FAIS CA ? Ma pomme d'Adam joue l’ascenseur dans ma gorge : -On... On m'a dit de le faire. -QUI CA ! Mon bras se lève en tremblant. Et indique le petit chaperon rouge qui vient d'apparaître derrière Herta. Qui me fait de grands yeux et se met à pâlir. La Bête se tourne dans la direction indiquée : -TOI ? AINSI, TU M'AURAIS MENTI ! Elle commence à se déplacer vers Herta. Comprenant ma bévue, je tente de la suivre, en vain : -Non... Attendez ! Ce n'est pas ça ! Mais la Bête n'entend pas. Ou ne veut pas entendre. -TU MERITES UNE PUNITION ! Le petit chaperon rouge vient vers moi en sautillant, contournant Herta et esquivant la Bête : -A mon avis, on ne devrait pas trop rester là. Et je la suis précipitamment à travers la porte d'où est rentrée la Bête, alors que Herta se met à hurler.     -RAH, TU VAS ME RESPECTER ! -Non ! S'il vous plaît !   La pièce est éclairée par la lumière de la chambre traversant la porte, et par le fond ouvert, comme un balcon, qui laisse pénétrer la lueur rougeâtre de la lune. On dirait une pièce en forme de T très large, se prolongeant en couloirs à droite et à gauche, côté balcon. La pièce est remplie d'objets qui deviennent des choses informes dans les recoins sombres. -Non ! Pas ça ! S'il vous plaît ! On dirait que quelque chose de terrifiant est en train d'arriver à Herta. N'y penses pas, suis le chaperon rouge. Essaye de faire abstraction. -SI TU CROIS QUE JE PEUX M'AMUSER SOUVENT ! PLUS PERSONNE NE VIENT ICI. SI TU SAVAIS DEPUIS COMBIEN DE TEMPS JE N'AVAIS PAS.... RAH ! Le cri d'Herta qui s'ensuit est indescriptible. Le chaperon rouge se tourne vers moi : -On dirait que ça glisse, par terre. Comme s'il y avait une traînée. -Je crois que ça vient du corps de Michon. La Bête a dû le déposer là et le traîner.   -RAH........C'EST BON !......PREND CA !............RAAAH !.......................ENCORE ! -..........Non !...................Noon !.................Arrêtez !..............Non ! S'il vous..................plaît ! Les gémissements plaintifs d'Herta semblent contenir une douleur immense.   -Tu as vu ? On dirait qu'il y a plein d'objets ici ! Le chaperon rouge est penché sur une grande paire de bottes. Elle se tourne vers moi. -Elles sont grandes ! -J'ai l'impression que je les ai déjà vu. -La Bête. Elle les avait aux pieds quand elle m'a enlevé. -Bien vu ! me glisse le chaperon rouge. Et là, regarde ! Je me déplace dans la direction indiquée. Et vois une nouvelle image de moi apparaître dans un rectangle entouré d'or. Je me tourne vers le chaperon rouge, l'image se tourne dans le même sens que moi. -C'est toi ? Mais je vois bien que non, le chaperon rouge se trouvant sur ma droite. Je reviens sur ma seconde image. Ça fait beaucoup, tu ne trouves pas ? Je suis perdue. Je ne sais plus où j'en suis ! En arrière plan, les hurlements rauques de la Bête se font toujours entendre en cadence, entrecoupés de plaintes d'Herta. Le chaperon rouge me regarde en souriant : -Non, ce n'est pas moi, puisque je suis là ! Je me déplace vers elle, mon image disparaît du rectangle. Quelque pas en arrière, et l'image réapparaît. J'ai l'impression qu'elle fait les même mouvements que moi dans l'autre sens. Je lève la main droite, elle la gauche. -Mais, il y a une autre image de moi ici ! J'indique la surface rectangulaire. Mon doigt touche quelque chose de dur et froid, et le doigt de l'image devant moi qui a également tendu le bras inverse.   -Pas par là ! Non ! -SI ! -Ah ! Non ! Ça fait mal ! Arrêt... La voix d'Herta disparaît, tandis que les râles de la Bête continuent.   J'ai l'impression que l'image devant moi me ressemble plus que l'autre chaperon rouge, comme mon image trouble quand je me regarde dans l'eau. Mais quelle est cette magie ? -Qui es-tu ? L'image devant moi bouge les lèvres en même temps que moi, mais aucun son ne vient. Après quelques secondes sans retour, en dehors des râles sauvages et saccadés de la Bête, j'en déduis que ce chaperon rouge n'est pas de la même facture que l'autre. Il doit simplement s'agir de mon reflet d'une netteté jamais vue, à travers un objet inconnu, lisse, froid. Tu es mignonne. Merci. Toi aussi, en fait. -Elle doit vraiment avoir mal ! L'autre chaperon rouge a l'art de me sortir de mes rêveries. Elle se trouve au droit de la porte. Je la rejoins, pour tomber sur une scène sidérante. Herta est a quatre pattes sur le lit, le visage rouge ruisselant de pleurs et de sueur, la bouche cachée par une patte velue de la Bête qui la chevauche par derrière, sa tête massive penchée en l'air, les yeux fermés, une sensation d'extase au visage. Son bassin fait de brusques aller-retour, qui se répercutent dans tout le corps d'Herta. Cette scène me donne la nausée. Une chaleur envahit mon entrejambe. Je rebrousse chemin dans la pièce sombre et respire de nouveau calmement. -Je n'aimerais pas être à sa place, me glisse le chaperon rouge en me passant devant et en continuant son inspection de la pièce.   J'entends de nouveau la voix d'Herta. La patte qui la bâillonnait a due tomber. Ces gémissements sont moins violents, et semblent changer de registre. Le chaperon rouge me fait des signes. Je m'approche. Les « non » d'Herta ne semblent plus être criés sous l'effet de la terreur. J'aperçois un fuseau de fileuse qui trône sur une petite table, un rayon de lune rouge tombant pile dessus. J'entends Herta ahaner à la Bête « de la toucher ». Celle-ci lui répond qu'elle ne peut pas, avec ses griffes. Le fuseau a l'air magnifique, avec sa pointe métallique acérée servant de support au fil. Je tends la main. Les « non » d'Herta se sont transformés en « ouai ». Le chaperon rouge me dit : -Attention, tu pourrais te faire mal ! Fais tester à Herta avant, plutôt. Au même moment, deux hurlements de jouissance intense surviennent simultanément de la pièce voisine.     J'ai l'impression de voir quelque chose bouger dans mon champ de vision. -Là, il y a quelque chose qui bouge ! Le chaperon rouge m'indique un coin de la pièce fortement encombré. -Tu es sûre ? -On a qu'à aller voir, me répond-elle. -C'est peut-être dangereux ! -Moi, j'y vais ! Tu as en confiance en moi ? -Je... Je ne sais... oui ? -Alors viens !   -CA FAISAIT TELLEMENT LONGTEMPS ! -Ce... C'était... Trop bon J'avais jamais r'ssentie ça. Je... J'ai l'impression d'mettre jamais sentie aussi faible, aussi démunie, mais aussi femme !   Je m'avance prudemment dans le recoin sombre où se trouve le chaperon rouge. Un bruit d'objet qui se renverse dans mon dos me fait sursauter. -Oups, éternue une voix nasillarde. -Fais gaffe, grommelle une autre voix. Je me retourne, mais ne vois rien. Je demande au chaperon rouge : -Tu as entendu ? -Oui. Ça venait de derrière toi. Mais j'ai l'impression qu'ici aussi, quelque chose bouge. Je ne vois pas bien.   -Et quel membre ! Faut y aller douc'ment au début, j'avais l'impression d'm'faire déchirer d'partout. Mais qu'est c'qu'c'était bon ! -TON CORPS, TON ODEUR, TES FORMES, LE DESIR EST MONTE TROP VITE. ET CA FAISAIT TROP LONGTEMPS QUE JE N'AVAIS PAS PRATIQUE ! -Ihihih, ça coule sur le lit.   Là ! Dans un fatras d'objets entassés, un bout de tissu pointu semble dandiner. Je cours dessus. -Faites gaffe ! lance une voie doctorale dans mon dos. Des bruits feutrés. Je contourne une boite, plus rien. Si là, de l'autre côté. Toujours ce petit bout de tissu qui danse. Je reviens sur mes pas, contourne la boite dans l'autre sens et plonge. Mes mains agrippe un long bonnet en tissu. Ce qu'il y avait en dessous s'échappe en éternuant, sans que je ne puisse voir ce que c'est. -Elle m'a pris mon bonnet ! se lamente une voix tout prêt.   -MON HUMBLE DEMEURE DELABREE ET ENVAHIE DE VEGETATION ME SEMBLE BIEN TROP VIDE. SURTOUT D'UNE PRESENCE FEMININE. -J'rest'rais bien volontiers, mais, belle bête, j'vais bientôt mourir. Herta renifle un grand coup. -ET POURQUOI DONC ?   -Là, j'en ai vu un ! Je me relève et me tourne vers le chaperon rouge qui se trouve toujours de l'autre coté de la pièce. Elle tend le bras derrière une penderie remplie de vestes et pantalon. Je m'approche d'elle. Des bruits de pas feutrés résonnent de partout dans la pièce. -Qu'as-tu vu ? -Je ne sais pas trop, il fait bien sombre, mais on aurait dit un petit être humain avec un long bonnet en laine. -Comme celui-là ? Je lui montre ma prise. -Oui. Une voix timide et bredouillante résonne : -At...attention, le... le maître arrive ! Des bruits de pas précipités dans tous les sens. -Viens, cachons-nous là ! me glisse le chaperon rouge. Je la suis derrière la penderie. La lumière provenant de la porte disparaît, cachée par la masse sombre de la Bête qui se dessine. Elle gronde : -LA JEUNE DEMOISELLE DANS MON LIT, A LAQUELLE JE TIENS TOUT PARTICULIEREMENT, A MAL AU VENTRE. ALLEZ ME CHERCHER MA FIOLE D'EAU DE LA VIE ! -Tout de suite, maître ! baille une voix pas trop loin de moi. Des bruits de pas précipités se font entendre, et j'entraperçois une ombre dans le couloir partant à droite. La Bête s'avance dans la pièce sombre. -ET LA DEMI-PORSION ? SAVEZ-VOUS OU ELLE EST ? -Elle est dans la pièce, on l'a à l’œil, maître, répond la voix doctorale. -BIEN ! CONTINUEZ AINSI. JE VEUX TOUJOURS SAVOIR OU ELLE SE TROUVE. -Oui, maître. Des bruits de pas reviennent du couloir et traversent la pièce. -Tenez, maître ! baille la voix. J'ai beau scruter à travers les vêtements, la masse de la Bête me cache du porteur. La Bête relève la tête dans ma direction. Je relâche les vêtements et me blottis. J'entends la Bête repartir. Je ne sais que faire. On a qu'à attendre ici que quelque chose se passe ? Oui, je crois que tu as raison, j'ai trop peur de sortir de la cachette avec les... choses qui nous espionnent. Je regarde le chaperon rouge à côté de moi. Pour une fois, elle n'a pas l'air très sûre d'elle.   -Regardez, la jeune demoiselle a l'air d'aller mieux, bredouille une voix. Bruissements alentours. -Oui. Et le maître est content. Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu comme ça, grommelle une autre voix. -Moi non plus, répond la voix ensommeillée. -Eh ! Re... regardez ! Elle l'embrasse ! Une nouvelle voix, joyeuse celle-ci. -Quoi ? Maismaismais... Encore une nouvelle voix. Simplette. Mais combien sont-ils ?   La voix puissante mais paniquée d'Herta me sort de mon décompte : -Eden ! Eden ! Au s'cours ! Eden ! Des bruits de pas s'éparpillent dans la pièce sombre. Je traverse le mur de vêtements et entre dans la chambre, pour voir Herta ébahie, assise sur le lit. Devant elle, la Bête, se tenant la tête des deux pattes, est en train de se transformer...

Chapitre 11 :
La Belle, la Bonne et la Bête

de l'histoire
Lune sanglante
par Wargen
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